Samedi 6 février 2010 6 06 /02 /2010 14:27
*Attention : le second texte de cette page contient des mots susceptibles de choquer de jeunes lecteurs.
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Les cruciverbistes vont être déçus, je ne proposerai aucune grille à leur sagacité ! Le titre de cette page signifie simplement que je m'amuse à se faire croiser les mots et les phrases sans qu'il y ait forcément beaucoup de rapports entre eux !

Car la poésie ne s'embarrasse guère de logique, de rigueur ou de convenances, ainsi dans le texte qui suit chacun peut mettre ce qu'il veut derrière les mots : c'est leur musique qui compte. Mais les questions que je me pose ont tout de même un sens, si elle n'ont pas de réponse : serais-je étranger à moi-même ?

QUI SE CACHE DERRIERE MOI ?

Que se passe-t-il dehors
Dès que j'ai fermé la porte ?

Qui disparaît quand je sors
Balayer les feuilles mortes ?

Qui donc me suit comme une ombre
Lorsque j'ai tourné le dos ?

Est-ce ma raison qui sombre
Sous le poids d'un lourd fardeau...

Ou mes rêves qui s'estompent ?

Je vais tirer le rideau
Sur les années qui me trompent...

(Peyrolles-en-Provence, le 6 février 2010)
Poème inédit


Et pour bien montrer que les mots et les idées  peuvent partir dans tous les sens au gré de la fantaisie, voici un texte écrit à propos d'une personne que j'ai déjà évoquée sur ce "Coin de Toile" dans mon dernier article du 30 janvier et que nous avons souvent été nombreux à envoyer au diable !

VENGEANCE !

"Mais que vais-je faire de toi,
Se dit en soupirant le Diable,
Tu as été si détestable,
Si perverse et si rabat-joie !
Je ne connais aucun tourment
Dans cet Enfer à ta mesure...
A qui te jeter en pâture,
Et quel infâme châtiment
Sera digne de ta bassesse ?
J'avais pensé brûler tes fesses
Sur mon grill éternellement,
Ou demander à Belzébuth
Qu'il t'empale à te déchirer...
Puis j'ai pensé à te livrer
A un rhinocéros en rut...
Ou qu'encore te sodomisent
Les cohortes de mes démons
Et que tu souffres leurs affronts
Ainsi qu'une chienne soumise...
Ou ordonner à mes harpies
De t'accabler de leurs assauts,
Et te jeter à des pourceaux
Qui te souilleraient sans répit...
Mais, qui sait, tu es si vicieuse
Que tu y prendrais du plaisir,
Alors il faut pour te punir
Une peine plus astucieuse :
Nous allons donc te ligoter
Nue, au milieu de nos orgies
Que tu suivras avec envie,
Mais sans jamais en profiter !"

(Caldes de Montbui, Catalogne, le 21 avril 2006 ; une autre version du supplice de Tantale...)
"Le Pot-au-Feu du Bouc", recueil inédit.
Par Vieux Loup
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Mercredi 10 février 2010 3 10 /02 /2010 17:17
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Je lisais hier "Le Voyageur Imprudent", une étrange nouvelle de René Barjavel qui traite de ce vieux rêve des hommes - mais ce rêve ne deviendrait-il pas vite un cauchemar ? - de pouvoir voyager dans le temps. Si j'en avais la possibilité, je ne ferais ce voyage que vers le passé
, et seulement en spectateur ; quant à l'avenir, je préfèrerais le laisser à la seule connaissance de Dieu. Mais la lecture de cette nouvelle m'a inspiré un nouveau texte, très court, sur ce thème récurrent du temps qui passe, et plus précisément sur l'instant présent qui, au fond, est si fugace qu'il n'existe pas puisque dès qu'on en prend conscience il a déjà disparu dans le souvenir en glissant vers le futur... Mais il est aussi la seule réalité tangible du temps : le passé n'est plus, l'avenir n'est pas encore.
Le temps n'est qu'un torrent gelé.

L'INSTANT

Instant qui passe
vers l'avenir,
je suis la trace
d'un souvenir.
Le temps de naître,
je ne suis plus ;
je ne puis être
que révolu,
et disparaître...

(Peyrolles-en-Provence, le 9 février 2010)
Poème inédit

Et il y a une heure de cela, en rentrant d'une randonnée à VTT, je me suis mis à ranger une fois de plus de vieux papiers dans mon bureau. Et j'ai retrouvé deux textes de jeunesse, rédigés sur les feuilles arrachées à un petit carnet à spirales, et égarés Dieu sait pourquoi entre les pages d'un vieil atlas ! Voilà donc un nouveau retour en arrière, et le poème qui suit, "faux sonnet" très naïf sur la frontière ténue entre l'amour et la haine  est un des plus anciens que j'aie écrits puisqu'il a presque 40 ans !

AU-DELA DE CETTE LIMITE, NE PARLEZ PLUS D'AMOUR...

Aimer, c'est souvent vivre aux dépens de soi-même,
Et c'est aussi se perdre à la cause d'autrui.
Ainsi l'on meurt un peu chaque fois que l'on aime
Mais on voudrait pour soi revivre à l'infini...

Car la passion d'aimer embrase tout un être,
Et comme il est commun, par quelque étrangeté,
De mourir pour ce qui est notre raison d'être,
Aux écueils des regrets on est vite jeté.

Alors l'amour devient une lutte farouche
Où l'on veut s'assurer, du sort de l'escarmouche,
La pleine possession de ce qui nous enchaîne.

Et ce qui fut objet de généreuse flamme
Devient vite un enfer où se consume l'âme,
Car il n'y a qu'un pas de l'amour à la haine.

(Marseille, le 2 décembre 1970)
Poème inédit
Par Vieux Loup
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Jeudi 11 février 2010 4 11 /02 /2010 14:05
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Suite du voyage dans le temps...
J'écrivais dans l'article d'hier que j'avais retrouvé par hasard deux textes de jeunesse complètement oubliés. Après donc "Au-delà de cette limite ne parlez plus d'amour", titre étrange mais saisissant que j'aurais très bien pu donner aujourd'hui à un de mes poèmes, voici le deuxième ; je dis "deuxième" et non second car il se pourrait que je trouve encore dans mes archives, quelque peu dispersées, d'autres "méfaits littéraires" commis en ces temps anciens !

Il s'agit une fois de plus d'un faux sonnet puisque celui-ci a été écrit avec une rime unique du début jusqu'à la fin... rime pas toujours très riche d'ailleurs ! C'est un texte qui a été rédigé un 29 février, ce qui n'a pas dû se produire souvent, et qui est, comme celui rapporté hier sur ce "Coin de Toile", d'une grande naïveté et techniquement discutable.

Mais je les reproduis ici comme témoignage d'une époque.


L'ÂME COMME LE CORPS...

L'âme comme le corps me fredonne un refrain
Aux murmures discrets d'un mélodieux matin ;
L'âme a ce goût pervers d'inassouvir sa faim
Et le corps veut garder ce qui lui appartient.

L'âme comme le corps a l'écorce des pins,
Le corps voudrait partir et habiter très loin,
Et l'âme veut garder ses rêves enfantins ;
Tous deux aiment aussi le soleil sur les foins...

L'âme a cette douceur du jour à son déclin,
Le corps aime sentir l'odeur du vent marin,
Mais ils savent aussi ce que coûte un chagrin.

Le corps peut bien souffrir, mais l'âme ne craint rien,
Elle s'est bien frottée aux ronces du destin,
Et si le corps veut fuir, l'âme, elle, se souvient...

(Aix-en-Provence, rue Buscaille, 29 février 1972)
Poème inédit

Et pour terminer avec ces considérations temporelles - ou intemporelles ! - voici un autre petit poème, construit comme "L'Instant", écrit hier sur ce site, en vers tétrasyllabiques que je trouve assez propres à rendre la fugacité du temps... mais ceci est une appréciation toute personnelle !

VA-ET-VIENT

Je vais, je viens,
je me souviens
des temps anciens...

Mon coeur s'attarde
sur les lézardes
et les échardes.

Parfois je pars
vers le hasard
d'un jour plus tard ;

Ou je demeure
au fil des heures
le temps d'un leurre...

J'étais, je suis,
je cours, je fuis,
douce est la nuit.

(Peyrolles-en-Provence, le 11 février 2010)
Poème inédit
Par Vieux Loup
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Jeudi 18 février 2010 4 18 /02 /2010 20:35
El-Matador-copie-1.jpgVoilà sept ans  aujourd'hui que ma mère a disparu, ou plus exactement qu'elle est allée rejoindre mon père et bien d'autres dans un monde que l'on dit meilleur.
Le décès des êtres chers est une dure épreuve, et l'on s'en remet toujours difficilement. J'en ai beaucoup souffert moi aussi, mais la poésie m'a aidé à surmonter le chagrin à travers l'exutoire des mots. Les convenances interdisent souvent de trop exprimer par la parole les sentiments que l'on ressent, alors c'est devant ma feuille de papier - je n'écris jamais directement sur ordinateur - dans le silence et la solitude, que je confie mes joies et mes peines. Je crois que c'est une bonne thérapie.
Voici donc un  poème écrit il y a quatre ans à la mémoire de ma maman :

LE TEMPS N'EFFACE RIEN

Il y a trois ans, c'est bien peu de chose
Et c'est à la fois une éternité,
Que discrètement tu nous as quittés,
Et depuis, les jours sont souvent moroses...

Je suis allé mettre un bouquet de roses
Sur la colline où furent emportées
Tes cendres au vent d'immortalité,
Mes mots se sont tus sur mes lèvres closes.

Je voudrais encor pouvoir te confier
Mes joies, mes tourments et mes espérances,
Tu m'écouterais avec indulgence.

Je repartirais l'âme fortifiée
Quand, posant sur moi ton regard si doux,
Tu ne rirais point de mes rêves fous...

(Peyrolles-en-Provence, le 17 février 2006)
"Alchimies", éd. La Société des Ecrivains - Paris

Et après ce sonnet, puisque la poésie apaise bien des tourments et des peines, voici un texte à la gloire des mots :

DIEU DOIT ÊTRE POETE

Que faut-il donc pour écrire un poème ?
Une pensée, puis les mots que l'on aime
Accompagnés de douces mélodies
Au gré du coeur et de la prosodie ;
De ci, de là, semer de jolies rimes,
Faire fleurir des images sublimes
Sur le terreau des rêves ébauchés
Dans les sillons des vers effilochés.
D'un virelai composer la cadence
Ou d'un rondel accompagner la danse,
De huit, dix pieds, ou bien d'alexandrins
Unis d'un bloc, en tercets, en quatrains,
Laisser courir et s'envoler la plume
Sur l'arc-en-ciel d'un espoir qui s'allume ;
De temps en temps se croire troubadour
Ou ménestrel, ou barde, tour à tour,
Rêver encore en chantant une aubade
Sous le balcon des Muses, par bravade,
Et s'esclaffer au nez de tous les dieux !
Ce sont les mots et les airs mélodieux
Que leur murmure ou leur clameur magique
Portent aux nues, autant que la technique,
Qui, d'une idée font de la poésie ;
En ce royaume il n'est point d'hérésie,
Seul maître à bord, tel se veut le poète,
Qui vous salue, dans une pirouette !

(Peyrolles-en-Provence, le 18 février 2010)
Poème inédit
 

Par Vieux Loup
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Samedi 20 février 2010 6 20 /02 /2010 10:13
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*Attention : le second texte ne convient pas à de jeunes lecteurs.
Cette expression que j'ai mise comme titre de cette page doit être une forme de vengeance, car à ma connaissance, c'est plutôt le temps qui nous tue !

Bref, ces jours-ci il fait un temps de cochon, et c'est pour m'occuper hier, alors qu'il pleuvait dru, que j'ai commencé à mettre un peu d'ordre sur ce "Coin de Toile "; je n'ai pas fini et il me reste encore beaucoup de pain sur la planche ! Mais entre deux relectures, en regardant dégouliner la pluie sur les carreaux de ma fenêtre, j'ai écrit ces trois vers, même pas un haïku pour exprimer la morosité de l'instant...


BLUES

Des rideaux de pluie
sur l'ennui
tombent sans bruit

(Peyrolles-en-Provence, le 19 février 2010)
Inédit

Et aujourd'hui, c'est le mistral qui a pris la relève, et comme je suis un peu patraque, je ne ferai pas grand'chose non plus ! Mais, étant d'humeur badine, voici un texte polisson ; il ne parle pas du célèbre belvédère des Gorges du Verdon, près de Rougon, comme son titre pourrait le faire croire, mais de certain lieu anatomique secret, objet de bien des fantasmes...

LE POINT SUBLIME

Ah, me direz-vous, ma mère,
Le secret, le grand mystère
De cette étrange cachette
Qui me trotte dans la tête ?

Où est-il ce point sublime
Où notre raison s'abîme,
Ce gouffre de jouissance
Où va sombrer la conscience ?

J'ai pensé faire merveille
Quand j'ai pincé son oreille,
Mais elle s'est rhabillée
En me traitant de grand niais.

Elle m'a trouvé bien louche
Quand j'ai glissé dans sa bouche
Un peu catholique objet
Et elle est partie fâchée.

Je n'ai pas compris pourquoi
Elle s'éloigna de moi
En me traitant d'assassin
Lorsque j'ai mordu ses seins...

J'ai cherché avec malice
A lui chatouiller les cuisses,
Mais je n'ai rien fait de pire
Que déclencher un fou-rire !

Je suis entré sans manière
Par la porte de derrière...
Pourquoi m'a-t-elle fichu
A la porte à moitié-nu ?

Et j'ai beau m'interroger,
Questionner le boulanger,
L'Académie, le Clergé,
Je n'ai toujours rien pigé !


(Peyrolles-en-Provence, le 12 avril 2006 ; et vous, à quoi avez-vous songé ?)
"Le Pot-au-Feu du Bouc", recueil inédit)


Par Vieux Loup
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Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /2010 11:38
*Attention : le second texte ne convient pas à de jeunes lecteurs.
Hier, au cours d'une randonnée dans le Lubéron, nous avons eu la surprise de voir, sur la piste qui descend du Mourre Negre vers Cucuron, accroché aux branches décharnées d'un arbre mort, un improbable vieux vélo ! Sans doute s'agit-il d'une blague de chasseurs, mais dans mon esprit tortueux, je n'ai pas manqué d'y voir la "patte" du Très-Bas ! D'où ce petit poème qui m'est venu à l'esprit pendant que nous cheminions vers Vaugines :


LE DIABLE EST UN FARCEUR

Au sommet d'un arbre mort pendait la carcasse triste
D'un vieux vélo tout rouillé ;
Que s'est-il passé ici, et où était le cycliste ?
Je vois l'oeuvre du Malin sur ces branches dépouillées
Où même les corbeaux n'osaient mettre leurs pattes...
Le Diable est un farceur, ou un grand psychopathe !

(Peyrolles-en-Provence, le 21 février 2010)

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Et pour continuer dans cette veine satanique, voici un long texte écrit il y a quatre ans sur le thème du supplice de Tantale appliqué aux pécheresses. Je pensais toujours à la même personne en écrivant ces lignes, mais au fond, si l'enfer c'est ça, nombreuses sont celles qui s'y trouveraient bien et qui apprécieraient peut-être la correction finale ! Mais je pense que le Bouc a bien d'autres tours dans son sac...

LES TOURMENTS DE L'ENFER

"Bonjou
r, belle pécheresse,
Bienvenue dans mon enfer
!
Dis-moi ce que tu préfères :
Jeux de mains ou jeux de fesses,
Avant d'être châtiée
Pour ce que tu as péché ;
Belzébuth vient te chercher,
N'attends aucune pitié !

Voudrais-tu qu'il te culbute
Ici même, sans façons ?
Je vois... tu ne dis pas non,
Tu lui cèderas sans lutte !
Viens partager ses ébats,
Je sais bien qu'il te désires,
Et tu y prendras plaisir...
Eh bien, tu ne l'auras pas !

Aimes-tu qu'on te caresses
Savamment, avec délices,
Des orteils jusques aux cuisses
Et que t'emporte l'ivresse ?
Voudrais-tu qu'on te retire
Un à un tes vêtements
Et qu'on t'aime tendrement ?
Dommage... C'était pour rire !

Ou bien qu'une diablotine
Te convie à d'autres fêtes ?
Qui sait si tu n'es pas faite
Pour ders amours libertines
Avec de jolies maîtresses ?
Je vois ton oeil esquisser
Un sourire intéressé...
Tant pis, il faut qu'on te laisse !

Mais peut-être que tu aimes
Que te besognent plusieurs
De mes charmants aguicheurs ?
Il n'y a pas de problème,
Je les avais pressentis
Pour t'honorer longuement
Comme de dignes amants...
Hélas, ils sont tous partis !

Y a-t-il quelque plaisir
Interdit ou insolite,
Des pratiques inédites
Que Satan pourrait t'offrir ?
Tu ne parais point bégueule,
J'aimerais te satisfaire,
Mais je ne peux plus rien faire :
Débrouille-toi toute seule !

Tu étais institutrice ?...
Il faut que ta punition
Soit conforme à ta fonction
Et qu'en sorte tu subisses
Ce que tu as infligé
Aux derrières innocents
Des pauvres petits enfants ;
Ainsi avons-nous jugé !

Voilà donc le châtiment
Que vont supporter tes fesses
De la main de mes diablesses :
Tu vas éternellement
Devant tout l'enfer massé,
Pour ta conduite impudique
Recevoir une homérique
Et dégradante fessée !

(Peyrolles-en-Provence, le 10 avril 2006)

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Par Vieux Loup
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Samedi 27 février 2010 6 27 /02 /2010 21:40
4318313234_17daf30d0b.jpgLes uns s'en vont, les autres reviennent... Ainsi Charles, parti le 12 octobre pour l'Afrique et qui devait rentrer le 22 janvier, a vu son retour repoussé de plus d'un mois pour cause de mission humanitaire en Haïti ; finalement, nous l'attendons vendredi à Toulon. Rémi, venu passer quelques jours à la maison vient de repartir pour Nancy... Magali est là, Marielle est repartie aussi. Ainsi va la vie, rythmée par les départs et les retours entrecoupés de longues attentes. Ce sont celles-ci que j'évoque dans ce poème.

ATTENTES ET ESPERANCES

Le temps passe, les nuits, les semaines,
On compte les jours...
Passe la vie sur les choses humaines
Et languit dans les coeurs l'attente des retours.
L'au revoir sur le quai d'une gare
Un matin pluvieux,
L'instant cruel de larguer les amarres,
L'attente sera longue et l'on se sent bien vieux...
Une lettre, un courriel, quelques mots
Brefs au téléphone,
Soleils hâtifs sur les frimas brumaux,
Purs instants de bonheur où l'espoir se cramponne.
L'espoir fait vivre et mourir un peu
Lorsque s'éternise
Le souvenir dans le sauve-qui-peut
Des rires anciens et des heures exquises.
On attend, on espère, on prévoit
Et l'on s'impatiente
En épiant les échos d'une voix
Qu'on entend résonner sur les quais de l'attente...
Mais demain un sourire radieux
Brillera dans l'ombre,
Pour effacer à jamais les adieux
Et réchauffer les coeurs au-dessus des décombres.

(Peyrolles-en-Provence, le 27 février 2010)
Poème inédit


Et puis aujourd'hui, j'ai décidé de faire honneur à ma fille Marielle. Contrairement à son frère jumeau Rémi qui est un pur esprit scientifique, Marielle est une littéraire, comme moi, et comme moi elle s'est essayée à la poésie. Voici un de ses poèmes écrit il y a trois ans ; elle écrit en vers libres, ce que je ne sais pas faire, et si son texte est assez naïf et comporte quelques maladresses, il est incontestablement poétique.
Elle avait dix-sept ans quand elle l'a écrit. Comme moi lorsque j'ai rédigé mes premiers vers.


L'ENCRIER FAIT AINSI BRILLER LA LUNE POUR LE POETE ET PAR AMOUR

Comme la plume ne peut écrire sans son encre,
Comme l'encre ne peut être utile à la plume sans son encrier
Et comme l'encrier ne peut porter l'encre à la plume sans le souffleur de verre, c'est ainsi que je t'aime.

Comme la rose ne peut éclore sans soleil,
Comme le soleil ne peut faire grandir la rose sans la terre,
Et comme le terre ne peut être illuminée que par le soleil pour la beauté de la rose, c'est ainsi que je t'aime.

Comme les marins ne peuvent voguer sans la mer,
Comme la mer ne peut faire voyager les marins sans la lune
Et comme la lune ne peut bercer la mer sans l'attraction de la terre et faire rêver les marins, c'est ainsi que je t'aime.

Comme les poèmes ne peuvent s'écrire sans les mots,
Comme les mots ne peuvent être dits sans histoire pour construire le poème
Et comme les histoires ne peuvent être aimées par leurs mots sans poète, c'est ainsi que je t'aime.

Mais enfin comme l'amour ne peut exister sans l'être humain,
Comme l'être humain ne peut aimer sans son coeur
Et comme son coeur se remet à battre pour aimer chaque matin, notre histoire dès ce soir s'écriera* de nos mains.

* Il s'agit bien du verbe s'écrier.

Marielle Orengo
(Peyrolles-en-Provence, le mardi 21 août 2007)
Poème inédit


Par Vieux Loup
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Mercredi 3 mars 2010 3 03 /03 /2010 10:22
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L'autre jour, je rendais hommage à Marielle en publiant sur ce "Coin de Toile" un de ses poèmes. Aujourd'hui, c'est avec un texte de Magali, ma fille aînée, qui elle aussi a un joli trait de plume ; elle écrit également en vers libres et le poème qui suit a été rédigé alors qu'elle se trouvait à Versailles peu avant de quitter ses amies de là-bas, et de rejoindre la Provence. Incontestablement, on y reconnaît un certain "air de famille"!

AU REVOIR AUX ETOILES

Je n'aurais jamais cru
En arrivant ici
En repartir si vite
Avec le coeur si gros
Et si mon coeur rayonne
De revoir ma Provence
Cette terre aride
Baignée de soleil
Rude mais généreuse
A qui sait l'écouter
Où j'ai laissé cachés
Mes jeux d'enfants
Rêves de gamine
Et mon accent
J'avais ici trouvé
Dans l'enfer parisien
Après les orages bretons
La chaleur et la tendresse
De vos grands coeurs
J'ai retrouvé le rire
De mes vingt ans
Auprès de vous
A nouveau
Réappris la confiance
Laissé vivre mon coeur

Je garderai toujours
Tout au fond de moi
Le souvenir tendre
De la douceur de vos regards
 De cette générosité
Qui vous a rendu
Si précieuse à mon coeur
Cette place immense
A jamais est la vôtre
Et si un jour demain voulait
Qu'à votre tour vous ayez besoin
Comme moi hier
D'une épaule pour pleurer
De bras pour vous réchauffer
Je serai là
Toujours

Il est temps de partir
Continuer le chemin
Si je ne me retourne pas
Pardonnez-moi
Je ne veux pas
Que vous puissiez voir
Mes yeux humides
Vous allez tant me manquer

Mais sachez aussi
N'oubliez jamais
Que mon unique regret
Est de n'avoir pas su
Pas osé
Par pudeur ou par fierté
Vous prendre et vous serrer
Très fort contre mon coeur
Et de vous dire tout bas
Comme un secret

Je vous aime
Belles étoiles

Merci pour tout
Merci à toutes

Magali ORENGO

(Versailles, 24 juin 2009)
Inédit


Quant à moi, ma contribution se bornera aujourd'hui à un modeste haïku composé hier dans ma tête alors que je descendais du sommet de La Bernarde aux confins du Haut-Verdon et des Préalpes de Grasse, un peu en arrière du petit groupe d'amis que j'avais emmenés en ces lieux retirés. Ce fut une très belle randonnée.

Sur la Bernarde
seuls nous regardent
le grand ciel bleu
et l'oeil du Bon Dieu !

(Crêtes de la Bernarde, vers 1800 m d'altitude, le 2 mars 2010)
Inédit
Par Vieux Loup
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Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /2010 13:31
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Il fait encore un temps de cochon aujourd'hui, ce qui fait que nous avons dû annuler une randonnée prévue dans les Calanques. Du coup, j'en profite pour mettre à jour ce "Coin de Toile" et, cette fois, je vais me livrer à une revue d'effectifs ! Rassemblement donc, au son de la lyre, de tous les poètes connus de la famille...
Honneur d'abord à celui qui, le premier, a jailli de la tranchée de la morosité  pour dresser au-dessus de nos vanités l'étendard de la Poésie, entraînant derrière lui une partie de sa descendance ; voici donc un poème de notre grand-père et arrière-grand-père Francor :


IL FAUT Y REVENIR

Je me souviens encor du soir
Où, rêvant de sensations nouvelles,
Le coeur rempli d'un fol espoir
Je partis de mon cher terroir
Sans un mot, sans un au revoir,
Croyant porter sous mes semelles
Tout un heureux passé
De bonheurs amassés...
Hélas, hélas ! J'étais un insensé !

On essaie bien de se griser,
De se bercer de folles chimères,
On goûte à de nouveaux baisers,
Un instant on se croit blasé,
Mais rien ne saurait apaiser
Une nostalgie grave et amère
Qui vous fait regretter
Tout ce qu'on a quitté...
Le rêve est loin de la réalité.

Quand d'une humeur volage
On s'enfuit de son village
Sans se douter
Qu'on est envoûté
Par de chères vieilles images ;
On demeure l'otage
De tant de doux souvenirs
Que quoi qu'on dise,
Quoi qu'on redise,
Il faut y revenir...

Amis, il n'est point de secret,
Il n'existe aucun profond mystère
Pour goûter un bonheur concret,
Il lui suffit d'être discret ;
Pourquoi lui couriez-vous après ?
Il est là, sur le sol de vos pères
A l'ombre du clocher,
Autour des pins penchés
Où vous avez commencé à marcher.

Clocher de mon village,
Arbres à l'épais feuillage,
Doux chants d'oiseaux,
Murmure des eaux,
Chers témoins de mon tout jeune âge,
Au terme du voyage
Quand tout est près de finir,
Du fond de l'âme
Très haut je clame :
Je veux vous revenir !

FRANCOR

(Marseille, novembre 1951)
Inédit

Continuons cette revue de détails par un très beau poème de Magali écrit il y a près de deux ans pour les soldats français tombés en Afghanistan. Le grand-père ne l'aurait certainement pas désavouée, lui qui avait vu s'éteindre tant de jeunesse du côté de l'Argonne, de Verdun et du Chemin des Dames !

ENFANTS SOLDATS

Des enfants magnifiques

sont partis là-bas
ils sont allés défendre
le droit qu'ont
chaque homme
chaque femme
chaque enfant
de vivre libre
et sans crainte
la main dans la main

Ils sont restés là-bas
de longs mois
loin des leurs et
de leur terre
près d'eux le soir
sur les photos posées
ça et là
les visages de leurs proches
si chers tant aimés
où dans les yeux les enfants soldats
lisent l'amour
celui qui les pousse
à se lever
à vivre leur lendemain
pour les retrouver bientôt
et dans leurs yeux alors
lire leur fierté

Beaucoup sont encore là-bas
les yeux brillants
regard voilé
car un matin dix sont partis
ont fermé pour toujours
les yeux et le coeur
sans revoir leur pays
ni les leurs
sans pouvoir leur dire
combien ils les aimaient
et que c'est en pensant
au retour au pays
qu'ils ne reverront pas
qu'ils parvenaient chaque matin
à continuer le chemin

Ici Pères Mères
Frères Soeurs
Epouses et Enfants
pleurent encore
ces gamins fiers et grands
qui ne reviendront pas
qu'importent les médailles
et les cérémonies
elles ne leur rendront pas
les sourires ni les rires
ni l'amour de ceux
partis trop tôt
seuls
loin de chez eux
toujours les larmes couleront
lorsqu'ils se demanderont
si ces idées dorées
grandes et glorieuses
valaient vraiment
les vies volées
de leurs enfants

Magali ORENGO
(Versailles, le 19 septembre 2008)
Inédit

Et au tour de Marielle, maintenant, avec ce joli texte d'amour sur une jeunesse qui est la sienne mais dont elle a conscience qu'elle a une fâcheuse tendance à nous filer entre les doigts...

LE VOYAGE EN BOUTEILLE DE LA JEUNESSE ETERNELLE

Si la jeunesse, mon Ange, avait été éternelle,
Je l'aurais mise en bouteille et jetée à la mer.

Si la jeunesse, mon Ange, avait été éternelle,
Seuls dans notre petite bouteille nous aurions fait le tour du monde.
Nous serions partis convaincus de tout et de rien, puis
Nous serions revenus ivres de ce que nous aurions vécu !

Nous aurions vogué au rythme de l'océan,
Bercés par la sourde mélodie des vents...
Nous aurions rêvé de tout, à nous, à l'immensité,
Et nous nous serions ardemment aimés sans jamis être fatigués
Ne demandant rien d'autre que recommencer...

Mon Ange, si la jeunesse avait été éternelle,
Je n'aurais ey de gourmandise que ta tendre chair,
Je n'aurais cherché la sagesse qu'en t'écoutant parler,
Vivre d'amour et d'eau fraîche, telle est la liberté !

Si la jeunesse, mon Ange, avait été éternelle,
Je n'aurais eu peur de rien et même sans bouteille,
Au creux de tes bras tu m'aurais fait voyager...

Mais hélas,
La jeunesse éternelle, mon Ange, ne restera jamais qu'un
Rêve enfantin ou un désir de grands qui prennent peur en
Regardant s'écouler inéluctablement la cepsydre de leur temps...

Mon Ange,
La jeunesse n'est pas éternelle, mais
Tes tendres baisers sont pour moi tout aussi puissants qu'une
Seconde d'éternité à dix-huit ans...

Marielle ORENGO
(Peyrolles-en-Provence, mercredi 16 janvier 2008)
Inédit

Quant à moi, je vais commencer aujourd'hui une série de poèmes "alpins" en plusieurs mouvements, censés reproduire ce que peut être une saison d'alpiniste, depuis le stade du rêve et du projet jusqu'à sa réalisation et son achèvement.
Voici donc :


SUITE ALPINE

Prélude : Les Plans sur la Comète


C'est la tête dans les étoiles
Qu'on les tire un beau soir d'hiver,
Rêves de feu, rêves de fer,
Hissés sous les voiles
D'un pli de la carte ou d'un pic entrevu
Sur un vieux magazine,
Et l'idée s'enracine
Dans ce rêve diffus...
Mais le projet s'anime,
Se tend vers la cime,
L'espoir à l'affût...

Alors on consulte les livres,
Les guides, cartes et photos :
Rêvons, il n'est jamais trop tôt,
Demain nous fait vivre !
Le projet mûrit sous les fronts entêtés
Le long des jours de brume,
Et sa lueur allume
Dans les yeux la gaieté,
Et arme d'insouciance
La trop longue impatience
Du prochain été.

                                                               
(A suivre...)

(Peyrolles, le 7 mars 2010)



Par Vieux Loup
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Lundi 8 mars 2010 1 08 /03 /2010 17:50
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Je continue aujourd'hui cette "symphonie alpestre" d'un nouveau genre - il s'agirait plutôt d'une sorte d'opérette alpinistique ! - introduite hier par le "Prélude". Avec le "Premier Mouvement" j'évoque l'instant tant attendu du départ et de l'arrivée sur nos terrains de jeux, l'"Intermezzo" brossant quant à lui le tableau de l'impressionnant matos, cordes, sangles, baudriers, casques, piolets, crampons, broches et autres objets plus ou moins contondants que l'on se plaît à étaler devant le campement la veille d'une course en montagne pour en faire l'inventaire et le trier...

SUITE ALPINE

Premier mouvement : Le Voyage Initiatique

... Et puis arrive le jour "J"' !
Tôt le matin l'on se prépare
Pour un décollage en fanfare,
Pressés de quitter le logis
Pour les chemins de l'altitude !
La voiture est chargée à bloc
D'un fatras de bric et de broc
Et de toute notre inquiétude :
Sommes-nous prêts ? Fera-t-il beau ?
Les conditions de la montagne
Permettront-elles une campagne
Digne des rêves estivaux
Qui berçaient les soirées de brume
L'hiver, fourbissant nos desseins ?
Mais nous bousculons le destin
Et nous avalons le bitume,
Laissant derrière nous maison,
Soucis, contraintes et misères,
Pour les délices délétères
Du doux fruit de la déraison !
Et nous remontons la Durance
Pour gagner nos vertes prairies
Où se jouera la féérie
De notre étrange transhumance ;
Sisteron et sa citadelle
Sont dépassés, Tallard, Embrun,
Villages, hameaux, un à un,
Sont traversés à tire d'ailes,
Voici L'Argentière... et soudain
Le Pelvoux se dresse, admirable,
Et c'est le moment délectable
Où s'entrouvre notre jardin !
Enfin, grimpant vers Ailefroide,
Les yeux brillent d'un autre éclat ;
Nous sommes heureux d'être là
Parmi névés, rocs, pentes roides,
Tous nos démons et leurs légions !
Et d'une fougue somptuaire,
Nous entrons dans ce sanctuaire
Comme d'autres en religion...


Intermezzo : Le Cliquetis des Armes

On a dressé le campement :
Piolets, crampons, broches, dégaines,
Mousquetons chantent leur rengaine
Métallique, gaiement,
Cliquettent, tintinnabulent,
Clinquant conciliabule !

(Peyrolles-en-Provence, le 8 mars 2010)
Inédits

                                                                           A suivre....

                                                                      


Par Vieux Loup
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