Lundi 30 juin 2008 1 30 /06 /2008 13:05


Encore qu'il soit souvent bien doux d'y céder, à la tentation, même si cela nous a coûté le jardin d'Eden, comme il y est fait référence dans ce poème "biblique"...

CROQUE LA POMME

Goûte à ce fruit délicieux,
Tu connaîtras bien des secrets,
Tu ouvriras les yeux
Sur des jardins ignorés...
Goûte le fruit de Connaissance,
Laisse ton innocence
S'endormir sur la grève aux vagues de candeur,
Ecoute la voix du vent :
Croque la pomme, belle enfant,
Je suis le Tentateur !

Veux-tu connaître le Bien ?
Veux-tu savoir ce qu'est le Mal ?
Tu n'as besoin de rien
Que d'oublier l'animal
Simple et naïf qui est en toi
Et de suivre ta loi
Pour t'élever enfin à ta juste hauteur.
Accède au Savoir triomphant :
Croque la pomme, douce enfant,
Je suis le Tentateur !

Regarde les yeux d'Adam
Et vois comme il te trouve belle !
Mords donc à belles dents
Le fruit qui te fait rebelle,
Mais qui te montrera la voie
Qui conduit à la joie...
Et laisse-toi bercer aux accents séducteurs
De mes manèges savants :
Croque la pomme, aimable enfant,
Je suis le Tentateur !

Couvre ton corps juste assez
Pour qu'il devine ta beauté,
Laisse-le caresser ta douce féminité
Et jouis du bonheur fugace
Au gré du temps qui passe
Sans encombrer ton coeur de remords imposteurs.
Eve, regarde devant :
Croque la pomme, tendre enfant,
Je suis le Tentateur !

(Peyrolles-en-Provence, le 1er juin 2006)
"La Marmite du Diable", recueil inédit.


Finalement, le silence est d'or, et il eût mieux valu que le Serpent eût été muet... ou Eve sourde !
Et, comme le prétend cet acrostiche, il vaut parfois toutes les déclarations d'amour, même s'il faut encore des mots pour proclamer cela !

Si les mots ne sont pas assez forts pour tout dire
Il suffit bien souvent d'un regard, d'un sourire ;
Le langage du coeur se passe de discours
En battant la cadence au pas de la tendresse.
N'écoutons que sa voix qui parle sans détours,
Chuchotant à notre âme ainsi qu'une caresse,
Et sachons l'écouter quand il cause d'amour...

(Peyrolles-en-Provence, le 26 juin 2008)
Poème inédit


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Mercredi 2 juillet 2008 3 02 /07 /2008 11:07


Je n'ai jamais trouvé l'origine exacte de cette curieuse expression "avoir du chien" pour dire "avoir du chic". Cela étant, il est vrai que nos dignes et fidèles  compagnons à quatre pattes sont de chics types !
Alors je leur dédie cette page, ainsi qu'à tous les amis des chiens.


Ce regard éperdu d'amour et d'innocence,
Hurlant au monde entier sa vénération,
Il brille dans ses yeux pleins de reconnaissance
Et, prince ou misérable, il t'aime avec passion :
Ne le trahis jamais, mérite sa confiance.

(Peyrolles-en-Provence, le 30 juin 2008)
Poème inédit

Le texte suivant a été écrit à Die où je faisais étape lors d'une traversée de Menton à Brest à VTT effectuée en juillet 2004.
Je ne sais pourquoi je m'étais mis soudain à penser à mon chien et j'ai rédigé ce poème sur un coin de la nappe en papier du restaurant où je prenais le repas du soir.


LE REGARD DE MON CHIEN

Le regard de mon chien est comme un lac profond
Où se noient les chagrins, où l'âme se repose
Et s'apaise l'esprit quand doucement il pose
Sa bonne grosse tête au creux de mon épaule.
Et le brun de ses yeux est un gouffre sans fond
Où sombre la détresse, où les peines s'envolent ;
Dans les yeux de mon chien je vois plus de bonté
Qu'en donnera jamais toute l'humanité.
Le regard de mon chien est comme un lac profond...

(Die, le 16 juillet 2004)
"Le Sentier des Cantilènes" - Ed. Amalthée, Nantes

Le poème qui suit est de facture plus inhabituelle chez moi, avec sa métrique peu académique...

VIE DE CHIEN

D'abord, sortant de sa torpeur il s'étire longuement ;
Tendant au maximum ses pattes de devant
Il salue le soleil levant
D'un bâillement...
Puis, d'un pas tranquille,
S'en va
Lever la patte simplement sur un tronc d'arbre, l'air béat ;
Il renifle un moment le vent frais du matin avant d'aller, fébrile,
Dénicher au fond du jardin dans quelque cachette secrète
Un vieil os qu'il a laissé là pourrir à point des mois durant
Pour aller enfin le ronger, tapi dans un coin d'herbe, célébrant
Un vieux rite canin ou quelque obscure fête.
Et quand il s'est assez repu de cette bombance putride,
Il
Jubile
Et va, placide,
Creuser plus loin un autre trou.
Enfin, il joue un peu au fauve avec un lézard
Qui a croisé sa route par hasard.

Puis il va s'endormir dans des rêves de loup...

(Peyrolles-en-Provence, le 24 novembre 2005 ; observation canine...)
"Alchimies" - Ed. La Société des Ecrivains, Paris

Celui-ci a été rédigé un soir où mon chien était terrorisé par un feu d'artifice tiré à l'occasion de la fête du village. Son attitude m'avait beaucoup ému.

GLOIRE A TOI, LE CHIEN !

Quand gronde le tonnerre et que la foudre tombe,
Quand tes yeux éperdus croient voir s'ouvrir la tombe,
Tu viens tout contre moi te blottir,  apeuré,
Et sous le feu du ciel, en tremblant m'implorer.

Tu poses sur mon bras une patte confiante
Tandis que de l'enfer la rumeur terrifiante
Déferle dans la nuit de l'incompréhension
Où se noie ton regard cherchant ma protection.

Tu attends tout de moi, ton seigneur et ton maître,
Et mes doigts apaisants tendrement s'enchevêtrent
Dans le velours moiré de ton pelage noir,
Et soudain tu t'endors dans la fureur du soir...

Que vienne la tourmente et tonne la tempête :
Tu sais que je suis là, et tu me feras fête...
Mais quant à moi je sais que tu mourras demain,
S'il le faut, pour celui dont tu léchais la main.

(Peyrolles-en-Provence, le 4 septembre 2006)
Poème inédit.

Quant à ce dernier texte, c'est un des plus durs que j'aie écrits. En même temps, il a été une sorte d'exorcisme et je me suis ensuite senti soulagé.
Pourtant, quand je le relis, il arrive encore qu'il m'arrache des larmes. Je n'ai pas honte de ces larmes-là.
Cette "élégie pour un chien", évoque la mort de mon compagnon "Maalesh" que j'avais dû faire euthanasier et qui croyait, lorsque je suis allé le chercher la laisse à la main, que j'allais l'emmener en promenade ! Je n'étais pas fier de moi, ce matin-là, et il eût mieux valu que je l'abatisse moi-même d'une balle, c'eût été moins lâche...


POUR LE PARDON D'UN CHIEN

Quand j'ai approché,
Tu as couru bien vite
Pour venir lécher
Cette main hypocrite...
Pardonne-moi !

Tu sautais de joie,
Je fuyais ton regard...
J'avais honte de moi,
De mon traquenard.
Pardonne-moi !

Tu croyais partir
Pour une promenade
Et tu allais mourir,
Mon vieux camarade...
Pardonne-moi !

Tu avais confiance,
Et moi je t'ai trahi.
Tu es mort en silence,
Tu n'as pas compris...
Pardonne-moi !

Au paradis des chiens
Fais une prière,
Car je me souviens
De ton heure dernière...
Et pardonne-moi !

(Peyrolles-en-Provence, le 17 février 2008)
Poème inédit

Enfin, pour conclure sur une note moins triste, voici deux haïku "canins" :

Sa tête posée
l'air désabusé
il ronge
un vieil os et songe

(Peyrolles-en-Provence, le 31 janvier 2005)

Aquoi songe le chien,
quels grands rêves de liberté sont les siens ?

(Peyrolles-en-Provence le 31 janvier 2005)
Haïku inédits





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Jeudi 3 juillet 2008 4 03 /07 /2008 14:58


C'est en regardant manger à ma table mes quatre enfants pour une fois réunis avec mes petits-enfants, et en songeant avec attendrissement au chemin parcouru depuis tant d'années, que j'ai eu l'idée l'autre jour d'écrire un poème sur la paternité.
C'est chose faite depuis ce matin.

ETRE PERE

Ce n'est pas difficile, en somme, d'être père,
Il n'y a pas de quoi s'en faire :
C'est attendre, impuissant, que s'éveille la vie
Dans l'apothéose d'un cri
En serrant une main, l'air bête et pitoyable,
Et murmurant des mots aimables.
Etre père, c'est ça, mais c'est bien plus encor,
Il faut avoir l'air d'être fort...
C'est guetter chaque jour un geste ou un sourire
Et puis un beau matin se dire :
"C'est bien moi, cette fois, qu'on appelle papa !"
On aide alors les premiers pas
De ce petit enfant qui semble si fragile
D'une main solide et virile.
Mais bien souvent aussi l'on pose sur son front
Quand il dort d'un sommeil profond
Cette main qui, soudain, s'est faite tendre et douce,
Caressant sa jolie frimousse.
Etre père, c'est ça, mais c'est encor bien plus,
Il faut être amour absolu...
Et puis c'est affronter toutes ses insolences
Lorsqu'arrive l'adolescence ;
Le remettre parfois durement sur la voie,
Pardonner ses éclats de voix
Et lui montrer aussi que, sous nos airs sévères,
On l'aime, et c'est ça être père...
Ne jamais se moquer de ses chagrins d'amour,
L'aider, sans faire de discours,
Et découvrir un jour que c'est bien un adulte
Dressé au-dessus des tumultes
Vaniteux de la vie, que l'on a devant soi,
En pensant : "Je suis fier de toi !"
Et c'est lui, désormais, qui prêtera main-forte
Quand la vieillesse à notre porte
Nous dira que le temps est venu de passer
Le relais, et de s'effacer.
Mais savoir partager encore autour d'un verre
Un bon moment, à la lumière
Des souvenirs des moments de bonheur
Et des projets qu'on a au coeur
En oubliant notre grand âge,
C'est cela, être père, et c'est bien davantage...

Poème inédit



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Dimanche 6 juillet 2008 7 06 /07 /2008 22:37
Nouveau petit voyage dans le temps avec ces deux textes écrits il y a entre 36 et 38 ans, le premier très mélancolique a été rédigé le lendemain des premiers pas d'Armstrong sur la lune et comporte une allusion à un ami qui traversait lui-aussi une période difficile... J'avais alors 17 ans.

INTERSIDERALES

Alors que des instants le cours inexorable
Trace en mon souvenir ses éternels repaires,
Quelque passé obscur surgit de son cratère
Et balaie de son flot un présent périssable ;
Tandis que le Danube aux eaux majestueuses
Effleure mes pieds nus d'une douce tendresse,
Tandis que d'un clocher la flèche au loin se dresse
Brillant des mille feux de sa splendeur radieuse,
Un voile sur mes yeux descend comme un brouillard
Révélant de l'oubli les fantômes hagards...

Défilent devant moi les passions périmées,
Les leurres disparus aux espoirs persistants ;
Le décor est charmant, il ferait bon, pourtant,
Se laisser doucement dans l'instant s'abîmer,
Mais où aller, dès lors que tout est effacé ?
Qui s'assiéra ce soir sur le vieux banc de pierre
Et qui rallumera le phare sur la mer
Afin que sa lueur guide mon coeur blessé
Aux rivages anciens où naguère un été
Dans la paix du couchant un soir s'est arrêté ?

Et toi, le compagnon de mes heures gâchées,
Vais-je encor rencontrer au détour d'une rue
Ta sombre silhouette et ton regard déçu
Qui au rythme des jours semble encor rechercher
Du parfum de jadis les vestiges précaires ?
Toi, cramponné toujours au radeau du bonheur
Dérivant au hasard des espoirs imposteurs,
Viendras-tu débarquer ton âme solitaire
Sur la grève inconnue où te tendra la main
L'amour, qui doucement te conduira demain ?

                                      ***

Ma pipe s'est éteinte et mon regard aussi ;
La nuit m'a enlacé de ses membres humides
Et tout autour de moi n'est que brume livide
Où la vie à présent semble s'être assoupie.
La galerie des morts se termine en impasse
Et je dois retourner au monde des vivants ;
Alors, levant les yeux vers le noir firmament,
Je regarde la lune et j'erre dans l'espace
En cherchant au hasard le visage de Dieu
Pour qu'il m'accorde un jour le bonheur radieux...

(Ratisbonne, Allemagne, juillet 1969)

Le suivant a été écrit à Bernex, en Haute-Savoie, où une de mes tantes possédait une colonie de vacances dans laquelle j'ai passé de mémorables moments, en tant que "second de cuisine" ou comme moniteur. C'est là aussi que j'ai rencontré celle, en avril 1972, qui devait devenir mon épouse !

JARDIN SECRET

Je garde mes allées décorées de chimères
Et mes vertes vallées de rêve et de mystère ;
L'enfance que j'avais échappe au flot du temps
Et je garde en mon coeur la fraîcheur du printemps.

Je vois les souvenirs s'amonceler au vent
Des automnes rageurs qui ravissent l'enfant
Que j'étais à l'orée de mes primes amours,
Mais aux ronces d'hier je m'accroche toujours.

Je me laisse voguer aux vagues de ma peine
Qui viennent caresser des rives incertaines,
J'ai cherché mon bonheur vers d'autres espérances
Mais je reviens toujours au seuil des souvenances.

Il y a dans mon coeur quelque part bien cachés
Des rires enfantins et des chants de clocher ;
J'aime encor contempler les étoiles au ciel
Et je crois bien aussi croire au Père Noël...

Et souvent, quand je vais le soir par les collines,
Je crois voir des lutins et de blondes ondines,
Je vois des ombres vivre, et les contes d'antan
Egrènent leurs splendeurs au rythme des instants...

(Bernex, chalet "La Barnolande", juillet 1972)

Ces deux poèmes sont extrait du "Sentier des Cantilènes, éd. Amalthée - Nantes





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Mardi 8 juillet 2008 2 08 /07 /2008 22:53
Les textes qui suivent ont été écrits en juillet 2005 au cours d'un voyage d'un mois outre-Manche, en famille.
J'y ai arpenté, à pied et à VTT, les sentiers du sud de l'Angleterre, du Pays de Galles, du District des Lacs  et de l'Ecosse. Le premier poème, un acrostiche, a été rédigé face à l'étrange cercle de pierres de Stonehenge.



Silences de granit
Témoins d'étranges rites,                       
Où regardent les pierres
Nues, et quelles prières
Egarées dans le temps,
Hurlées à tous les vents,
Eternelles, s'envolent ?
Noyées dans l'herbe folle,
Gémissant sous la pluie,
Elles meurent d'oubli...
(Stonehenge, Angleterre, le 6 juillet 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies" - Ed. La Société des Ecrivains, Paris

Le poème qui suit a été écrit en pleine nuit, sous un ciel magnifiquement étoilé, le plus beau que j'aie vu depuis un voyage au Maroc en 1995, et après une agréable soirée où, en bons Méridionaux, nous avons bu le pastis au pied du Snowdon, point culminant du Pays de Galles...



LES ETOILES DU PAYS DE GALLES

Le campement à l'ombre du Snowdon
Résonnait encor du chant des cigales
Au fil des souvenirs que j'abandonne
Sous les étoiles du Pays de Galles.

Et nous buvions le pastis à la fraîche
En pensant très fort : "C'est Dieu qui régale !"
Car cette communion valait un prêche
Sous les étoiles du Pays de Galles !

Un clair soleil brillait sur le gazon
Et ne faisait pas très couleur locale
Quand il s'éternisait à l'horizon
Sous les étoiles du Pays de Galles !

Je contemplais le soir dans le silence
Qui tombait soudain avec la nuit pâle,
Et je m'endormais avec nonchalance
Sous les étoiles du Pays de Galles...

(Beddgelerd, Pays de Galles, le 12 juillet 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies"

Le troisième a été écrit en Ecosse, après l'ascension du Ben Nevis effectuée avec mon fils Rémi par un brouillard à trancher à la hache !
La première strophe de ce poème fait référence à des personnages des "Enfants du Capitaine Grant", de Jules Verne, ouvrage qui m'a beaucoup marqué étant enfant, et qui est sans doute à l'origine de mon goût pour les voyages et de mon esprit un peu aventureux...



HIGHLANDS

Au bord du Loch Lomond je regardais passer
De mes héros d'enfant l'étrange caravane,
Dans la brume du soir les ombres esquissées
De la Dame de Luss et de Lord Glenarvan...

Et mes pas m'ont conduit au gré de mes errances
A travers la bruyère et la tourbe stérile
Vers des confins de pluie et de désespérance
Où j'entendais hurler le Chien des Baskerville.

Le brouillard et le vent dansaient la sarabande
Qu'une cornemuse accompagnait en rêvant
Tandis qu'un revenant se glissait sur la lande,
Et j'entendais chanter les Hauts de Hurlevent...

Et puis j'ai aperçu la sombre silhouette
D'un fabuleux reptile aux contours indécis
Qui dressait sur les eaux sa ruisselante tête,
Et j'ai bien entendu le rire de Nessie !

En poursuivant mon rêve et ses vains artifices
Je me suis retrouvé, par quelque maléfice,
A regarder la pluie danser sur Ben Nevis...

(Spear Bridge, près de Fort William, Ecosse, le 19 juillet 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies"


Et ce dernier texte, je l'ai rédigé la veille de notre retour en France, en manière de conclusion à ce voyage en Grande-Bretagne. Il est construit de façon peu courante, avec des vers au nombre de pieds décroissant de 12 à 9 dans chaque strophe, clin d'oeil aux unités de mesures déconcertantes de nos amis britanniques !

DREAMS AND SHADOWS

J'ai détourné mes yeux de mes rêves d'espace
Et fermé ma porte au nez du temps qui passe
En laissant le vent chanter sur les pierres
Et gémir sur les fleurs de bruyère.

Des pentes du Snowdon jusqu'au District des Lacs,
Je me suis égaré dans les entrelacs
De songes perdus parmi les tourbières
Et noyés dans un verre de bière...

Et j'ai erré longtemps sur les bords solitaires
D'un loch ténébreux au bout des Hautes Terres
Avant d'aller contempler la Tamise
Effacer les illusions promises.

Je regarde à présent vers d'autres horizons
Et je guette au-delà des maigres buissons
Les jours d'orage et d'espoirs qui s'entrouvrent
Sur les blanches falaises de Douvres...

(Chatham, Angleterre, le 29 juillet 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies"




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Mercredi 9 juillet 2008 3 09 /07 /2008 21:00
Attention : les textes qui suivent ne conviennent pas à de jeunes lecteurs !

Je vais partir en vacances et laisser pour un mois ce "coin de toile" en veilleuse. Aussi, je vous livre deux poèmes espiègles, pour ne pas dire assez coquins.
Histoire de terminer sur des notes guillerettes, voici d'abord un texte  inspiré d'une anecdote que m'a contée une collègue que les ébats amoureux de ses voisins empêchaient de dormir !


CONCERTO APPASSIONATO

C'est un concerto de sommier
Que j'ai entendu au premier
En écoutant de ma cuisine
La jolie voix de ma voisine
Qui attaquait moderato
Sur un doux air de contralto...

Quelles charmantes vocalises,
Quelles modulations exquises
Montaient de l'étage au-dessous
Quand la musique des mots doux
Nous arrivait, ostinato,
De sa voix sensuelle d'alto !

Puis elle est montée en régime,
Et de sa partition intime
Elle nous a donné le la
Pour le grand air du matelas !
J'ai alors pensé in petto :
"C'est une mezzo soprano !"

Toujours plus haut dans les aigus
Sur des arpèges ambigües,
Elle a poussé un long contre-ut
Et moi, j'en ai brisé mon luth :
Les grands coups d'archet vaginaux
L'ont transformée en soprano !

(Sorrento, Baie de Naples, le 7 juillet 2006... Il faut dire que je suis choriste à mes heures !)
"La Marmite du Diable", recueil inédit.

Et je vous dis "au revoir", en vous souhaitant de bonnes vacances, sur ces confessions inhabituelles. "Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?"

CONTRE-PLONGEE


Bonnes gens qui passez
Toujours un peu pressés,
Admettez que je dise
Que j'en ai vu d'exquises !
J'en ai vu des vaillantes
Et des agonisantes,
Des chastes, des impures,
Des vertes, des trop mûres,
J'en ai vu des joufflues,
Des lisses, des poilues,
Des coincées, des bigottes,
Tristes ou rigolotes,
Des pauvres et des riches,
Généreuses ou chiches,
J'en ai vu des bavardes,
Des guindées, des paillardes,
Des blanches et des noires
Et des monstres de foire,
Des brunes et des blondes,
Des maigres et des rondes,
J'en ai vu des timides,
Des hardies, des placides,
Des graves, des fantasques,
Des fermes et des flasques,
Des plus-haut-que-leur-cul
Et puis des m'as-tu-vu...
J'ai vu celles des nonnes
Et des vieilles matrones,
Des joueuses de flûte,
Des vierges et des putes,
Des maîtresses d'école,
Des maîtresses frivoles,
Celles des poissonnières,
Celles des cantinières,
Des chanteuses de blues
Et des nues sous la blouse,
Des ministres d'Etat,
Des personna grata,
Celles de ma voisine
Et de tante Augustine...
Souffrez que je confesse
Avoir vu tant de fesses,
Car, voyez-vous, je suis
Communément celui
Qu'avec humilité
Vous nommez un bidet.

(Peyrolles-en-Provence, le 4 juillet 2007)
"La Marmite du Diable", recueil inédit



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Vendredi 1 août 2008 5 01 /08 /2008 13:54

De retour de trois semaines de montagne, voici trois textes fort différents : le premier a été écrit à la gloire de l'alpinisme dont la pratique - à un très modeste niveau ! - m'a apporté beaucoup.

EXCELSIOR

Au cours de ces années de combats pacifiques

Je suis allé chercher sur les hautes montagnes

Des moments fabuleux, intenses et glorieux,
Des heures bien remplies de bonheur prodigieux.

Sur l'échine bleutée d'arêtes magnifiques
J'ai éprouvé mon corps, ma force et mon courage,
Et fortifié mon âme à tous les vents d'orage.

J'ai appris en menant ces paisibles campagnes
A regarder plus haut et me sentir petit,
J'ai vu la vanité des mesquins appétits
Et la fragilité du tissu de la vie
Lorsque pieusement l'ami te la confie.

Et j'ai senti aussi avec humilité
L'étreinte de la peur et de la lâcheté
Quand passait le frisson qui nous glaçait le sang,
Quand, furtive, la mort nous frôlait de son aile...
En nous en remettant alors au Tout-Puissant
La vie nous paraissait infiniment plus belle,
Et comme il était beau, le regard du copain,
Lorsqu'au sommet, enfin, nous partagions le pain !

A chacun sa victoire, à chacun sa conquête,
Il n'existe ici-bas point de petite quête,
Chacun peut conquérir le Graal à sa manière
En recevant du Ciel la divine lumière.
Je n'ai jamais été, pour ce qui me concerne,
Un brillant chevalier, un Lancelot moderne,
Mais j'ai su, moi aussi, gravir mon Everest
En espérant surtout être resté modeste.
Et si demain la mort vient frapper à ma porte
Je me décorderai pour l'ultime passage,
Lors je m'envolerai avec les feuilles mortes
Et laisserai aux miens en guise d'héritage
La poésie des mots que les rêves emportent...

(Peyrolles-en-Provence, le 12 janvier 2005 ; les strophes de ce poème comportent un nombre de vers correspondant à la "suite de Fibonacci", ce qui lui vaut de figurer dans le recueil "Alchimies", publié chez La Société des Ecrivains, recueil dont les textes obéissent souvent à des règles numériques particulières...)

Le texte suivant porte en acrostiche le nom d'un massif prestigieux, celui des Ecrins, où je viens de passer des vacances en compagnie de mes deux fils.
Il évoque l'état d'esprit que l'on a souvent lorsque l'on rentre d'une belle course en montagne :



                               Ereintés, le coeur plein d'une gloire éphémère,
                               Caressant l'acier froid du fidèle piolet,
                               Retournons lentement au confort des vallées...
                               Il y a dans nos yeux une ombre douce-amère,
                               Nuage rapporté des hautes sommités,
                               Seul et dernier témoin d'instants d'éternité...

(Ecrit au Casset, près du Monêtier, le 14 juillet 2008)
Poème inédit

Ce dernier poème, enfin, n'a rien à voir. Il a été écrit en souvenir d'une fois où, au cours d'une randonnée en montagne en compagnie de mon chien "Ki Du", je m'étais endormi sur l'herbe après la pause de midi. Sortant de mon assoupissement, j'avais aperçu, assis à mes cotés, impassible, la sombre sihouette  de mon chien qui semblait monter la garde...

KI DU VEILLE...

Ki Du veille sur mon sommeil
Tandis que des reflets vermeils
Vacillent sous l'orage
Et que sur le feu du bivouac
Dressé au bord d'un petit lac
Le vent souffle avec rage.

Je peux attendre le soleil,
Ki Du veille sur mon sommeil :
Les larves inquiétantes
De la nuit n'osent s'approcher,
Et leurs ombres effilochées
S'éloignent de ma tente...

Derrière mon fragile abri
Je sens de mon fidèle ami
La calme vigilance,
Et jusqu'à l'heure du réveil
Ki Du veille sur mon sommeil,
Assis, face au silence...

(Ecrit au Casset, près du Monêtier, le 20 juillet 2008)
Poème inédit



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Samedi 2 août 2008 6 02 /08 /2008 10:44

Né à Marseille, j'ai vécu jusqu'à vingt ans dans cette ville. Mais j'ai eu la chance d'avoir une partie de ma famille en Haute-Savoie, dans les environs de Thonon-les-Bains, ce qui fait que je passais une bonne partie de mes vacances dans cette belle région. Ces "accointances" savoyardes sont sans doute à l'origine de ma passion pour la montagne, et elles m'ont valu aussi d'être le seul enfant de mon école - et sans doute de tout le quartier - à savoir à six ans, en 1958, à quoi ressemblait une paire de skis... Je savais skier et n'en étais pas peu fier auprès de mes petits camarades marseillais !
Le texte qui suit a été écrit à Bernex, au pied de la Dent d'Oche. Une de mes tantes était à l'époque propriétaire d'une colonie de vacances dans ce village ; j'y ai travaillé 3 saisons comme "second de cuisine", titre ronflant  pour dire que je faisais surtout la plonge ! J'ai vécu là-bas des heures mémorables... et j'y ai aussi rencontré celle qui devait devenir mon épouse !


SILHOUETTES

Le salon qu'auréole une clarté blanchâtre
Baigne dans les volutes blêmes
De ces fumées que l'ombre sème
Parmi les spectres flous dansant autour de l'âtre.


Les notes saccadées qu'un peu de jazz disperse
Rebondissent, gaies et hardies,
Sur les cloisons de bois verni,
Et je m'en vais rêvant sous leurs folles averses.

Des miroirs devant moi reflètent en secret
Des silhouettes imprécises,
Grises comme la vapeur grise
Que répand mon café comme un encens sacré.

Dans le scintillement argenté du néant
Elles profilent leurs  contours
En oscillant dans le velours
Que l'ambiance feutrée tisse sur mes vingt ans...

J'ai mis deux grains de sucre en cette moire opaque
Et lentement ils se craquèlent ;
Tandis qu'un souvenir me hèle,
Je m'en vais avec eux sombrer dans le cloaque.

La cigarette hier donnée par un ami
Est déjà presque consumée ;
Je ne peux plus la rallumer
Car le mégot m'a déjà brûlé... C'est fini.

Mon ami cherche encore au détour des années
Les inaccessibles séquelles
Qui pourraient lui rappeler celle
Que l'été a perdu dans un songe fané ;

Et les heures aussi que nous eûmes ensemble,
Bercés de la même illusion,
Et de la trompeuse impression
Que n'est éternité que ce qui nous ressemble...

Et depuis j'ai grillé bien d'autres  cigarettes
Qui m'ont toujours brûlé les doigts ;
Celle que je tiens cette fois
Dans sa fumée bleutée mourra de sa défaite.

Mon regard de nouveau rencontre le miroir
Et je ne me reconnais plus ;
Je crois que ne m'ont rien valu
Ces voyages sans fin au fond de ma mémoire...

J'ai laissé en partant au fond du cendrier
Quatre ou cinq mégots de pourboire,
Et je suis parti dans le noir
Vers de nouveaux cafés et de nouveaux sentiers.

Pourtant j'entends toujours ces mêmes airs de  jazz
Quand je vais errer dans les bois ;
Ce sont les animaux, parfois,
Du tréfonds des fourrés qui chuchotent et jasent...

(Bernex, auberge de "La Chevrette", août 1971 ; nous avons passé des moments bien agréables dans cette auberge autour d'une fondue ou d'une raclette après la journée de travail. Je salue bien cordialement Raymond, le patron, si le hasard fait qu'il lise ces lignes. Je précise enfin qu'il y a fort longtemps que j'ai cessé de fumer !)

La forme particulière du poème qui suit est censée évoquer les déplacements virevoltants et le rythme syncopé du rock'n'roll. Il m'a été inspiré - rythmiquement - par la musique d'un "tube" de l'époque : "Rock'n'roll Music", du groupe américain des Creedence Clearwater Revival.
Ce n'est pas à proprement parler un chef d'oeuvre littéraire, mais c'est une curiosité dans ma "production" !

ROCK'N'ROLL CONCERTO

        C'est à travers ces instants
                                                   De cristal
        Que j'entends monter le chant
Zénithal
        Des souvenirs d'hier
                                              Et mon coeur
                 Dans la lumière
                 Accompagne leur choeur

Je ne sais plus où j'ai laissé
Les vestiges de mon passé...

                         Mais les refrains
                                    Vont
                               Toujours
        Où les chagrins
                    Sont
                D'amour

        Un firmament de musique
                                                Se déroule
        En galaxies électriques
Sous la houle
        Des mouvements des danseurs
                                                Qui se tordent
                    Sous la douleur
                    Des instants qui les mordent

Je ne sais plus où j'ai laissé
Les vestiges de mon passé...

                            Et le bonheur
                                         N'est
                                  Souvent
            Qu'un de ces leurres
                         Nés
                         Des vents
                         Rêvant
                               D'é-
                                    ter-
                                         ni-
                                             té....

(Bernex, chalet "La Barnolande", août 1971 ; "La Barnolande" était le nom de la colonie de vacances que possédait ma tante).

Et pour terminer ce pélerinage au temps jadis, voici un faux sonnet écrit alors qu'approchait la fin des vacances, où j'évoque mes doubles racines marseillaises et savoyardes :

PARTEZ SANS MOI...

Le mistral a soufflé sur Thollon-les-Mémises,
J'ai vu le lac Léman ressembler à la mer,
Du romarin poussait aux Cornettes-de-Bise
Et sur Thonon-les-Bains veillait la Bonne Mère...

Souvenirs parfumés de thym et de lavande,
Je n'ai gardé que vous au pied de ces montagnes ;
Au pays de Provence il faudra que je rende
Un dernier mot d'amour si jamais je m'éloigne.

Partez sans moi, reflets fugitifs d'un été,
Mirages incertains de mes rêves bleutés,
Mais j'emporte avec moi au fond de ma valise

Un peu de cet accent que l'on traîne chez nous,
Et d'autres souvenirs se nouent et se dénouent
Tandis que le mistral gémit sur les Mémises...

(Bernex, le 20 août 1971)

Ces trois poèmes sont extrait du "Sentier des Cantilènes", Ed. Amalthée, Nantes.















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Dimanche 3 août 2008 7 03 /08 /2008 17:35
Aujourd'hui, en guise d'intermède, voici quelques haïku,  tous, sauf le dernier,  écrits au mois d'août 2006 au cours d'un séjour en Bretagne, dans la région de Blois,  et autres lieux...
Ma production de ces petits poèmes est très irrégulière car ces instantanés sont le fruit d'une inspiration très soudaine et je peux en écrire plusieurs d'affilée, comme je peux rester quelques mois sans en rédiger un seul...

Ty Colo
un cygne glisse au fil de l'eau
mon chien rêve
sur la grève
(Saint-Renan, le 3 août 2006 ; impression...)
                                                                                                                                      
Océan

plus rien jusqu'aux Amériques
néant
ces lieux sont magiques
(Plage de Trégana, le 7 août 2006, en pensant au phare de Creac'h, à l'île d'Ouessant visitée auparavant...)               

Le pont de Beaugency
enjambe la Loire
l'histoire
s'attarde ici

(Beaugency, le 10 août 2006 ; un lieu chargé d'histoire...)                                                                         

Le temps passe

indifférent
et brouille les traces

des rêves errants
(Avaray, Loir-et-Cher, 11 août 2006)

A mi-chemin
l'amour nous tendait la main
pour mieux
nous dire adieu
(Mâcon, le 22 août 2006, sur le chemin du retour à Peyrolles ; écrit en souvenir du temps où ma future épouse qui habitait alors Paris, et moi-même qui vivais à Aix-en-Provence, nous rencontrions parfois pour de trop brèves rencontres...)                                

La barque rêve au bord du lac

d'horizons et de lointains ressacs
(Refuge de La Blanche, massif du Queyras, le 26 août 2006 ; en contemplant le spectacle insolite d'une barque amarrée au bord d'un lac minuscule de montagne...)                                    

Sur les terres noires
du pays dignois
la mémoire
s'endort parfois
(Pas d'Archail, Préalpes de Digne, le 30 août 2006 ; cette région un peu en retrait des grands itinéraires touristiques comporte quelques terres oubliées... Je l'aime pour cela.)


Quant au dernier haïku de cette série, il évoque une ascension en montagne que je compte réaliser dans les prochains jours : la traversée de la Meije, course qui constituera le couronnement - provisoire, je l'espère ! - de ma "carrière alpine"...

                                                                      D'autres conquêtes
                                                                      m'attendent
                                                                      vers les hautes crêtes
                                                                      mes rêves se tendent
                                                       (La Grave, au pied de la Meije, 30 juillet 2008)

                                              Tous les textes de cette page sont inédits

                                   
                         

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Mercredi 6 août 2008 3 06 /08 /2008 08:59
Un joli nom pour un engin de mort... Celui qui a rasé il y a 63 ans la ville d'Hiroshima, évènement dont c'est aujourd'hui le triste anniversaire. Voici donc un poème qui évoque cette terrible journée ; je l'ai écrit alors que j'avais 17 ans, après avoir vu un reportage à la télévision. Ce texte, assez naïf, est un des tout premiers que j'ai écrits...

HIROSHIMA

Le soleil réchauffait cet ultime matin
Quand les coeurs insouciants battaient encore en choeur
Et ignoraient le ciel où guettait le destin...
Que ce ciel était bleu dans le collimateur !

Alors le Tout-Puissant a baissé le levier,
Sa main a entrouvert les portes de l'enfer,
Dieu a ouvert le feu et l'immense brasier
A consumé soudain des siècles de prières.

Une fumée monta au-dessus des nuées,
Obscurcit le soleil de son ombre de mort
Et les coeurs tout à coup demeurèrent muets,
Muets comme les murs de Sodome et Gomorrhe.

Aujourd'hui le soleil peut à nouveau briller,
Mais sa lumière tue et répand la douleur,
Dieu nous a châtiés de L'avoir oublié...

Il y a un peu de sang dans le collimateur.

(Marseille, mai 1969)
Poème extrait du "Sentier des Cantilènes", Ed. Amalthée - Nantes

Et toujours sur ce thème, un haïku écrit il y a trois jours :

Le vent plie
les cerisiers de feu
le ciel crie
la mort lui en veut

(Peyrolles, le 3 août 2008)
Haïku inédit


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