Samedi 6 septembre 2008 6 06 /09 /2008 12:36



Sous ce titre un peu militaire - on dit d'ailleurs "repli" sur des positions préparées à l'avance - je fais référence à ma propre retraite de l'Education Nationale.
J'avais mûrement préparé ce tournant décisif de l'existence, et je ne regrette pas d'avoir tourné la page professionnelle de ma vie au vu de la tournure que prennent les évènements en matière d'école. Je n'insisterai pas. Mais je vous livre aujourd'hui quelques textes que j'ai écrits sur ce moment particulier, jamais anodin, de la vie.
 

Le sonnet suivant a été redigé à peu près un an avant la date fatidique. Il y apparaît un bel optimisme !
 


TERRE DROIT DEVANT !

Je vois à l'horizon une nouvelle terre
Profiler son rivage après bien des années
Où j'ai mené ma barque au milieu des chimères,
Des illusions perdues et des rêves fanés.

Je l'ai menée parmi les bonheurs éphémères
Que donnent les efforts jamais abandonnés
De tenter d'élever l'âme contestataire
De centaines d'enfants de leurs jeux détournés !

Je vais bientôt laisser les grammaires austères
Et je vais pour toujours fermer la porte au nez
Des donneurs de leçons et des secs magistères ;

Je vais pouvoir jouer dans la cour des mystères
Jusqu'au bout du chemin, jusqu'au dernier été,
Pour retrouver l'enfant que j'ai toujours été.

(Peyrolles-en-Provence, le 26 septembre 2006)

                               Poème inédit


Le deuxième texte a été écrit l'année dernière, le jour même de la rentrée des classes. Je me trouvais ce jour-là à plus de trois mille mètres d'altitude du côté du Col des Clouzis, dans le massif des Ecrins, en compagnie de mon fils Charles, sur les coups de neuf heures du matin. J'avais alors ressenti une sensation de bonheur intense à l'idée des éternelles vacances qui commençaient pour moi...


JE N'IRAI PAS A L'ECOLE...


Je n'irai pas à l'école aujourd'hui,
Ni demain, d'ailleurs, je m'enfuis
En jetant mon cartable
Par la fenêtre, et je ris aux éclats
Au nez des maîtres vénérables
Dans ce matin en habit de gala.

Je fais enfin l'école buissonnière
Et vais, la conscience légère,
Jouer avec les cancres
A déchirer et brûler les cahiers,
Et je vais pouvoir jeter l'encre
Sur le bord du chemin des écoliers !

Je m'en irai réciter des poèmes
A l'oreille des chrysanthèmes
Sur le cercueil verni
De ces années ensevelies à l'ombre
Des vieux dictionnaires jaunis,
Et dire enfin des gros mots sans encombres !

Je n'irai plus à l'école, maman,
Pas plus demain que dans dix ans,
Et la rentrée des classes
Pourra se faire à tout jamais sans moi...
Désormais je cède la place
Pour m'en aller promener dans les bois !


(Ailefroide, massif des Ecrins, le 4 septembre 2007)

Poème inédit


Enfin, ce dernier poème a été écrit à l'occasion du départ à la retraite d'une de mes collègues et amies.
En modifiant quelques mots, il pourrait s'adresser à n'importe qui sur le point d'enterrer sa vie professionnelle...


CONSEILS POUR UNE BONNE ET HEUREUSE RETRAITE

Evite tout d'abord tout effort inutile
Et pour bien commencer, supprime le réveil :
Attends béatement que vienne le soleil
Te caresser la joue, sans te faire de bile...

Rêve encore un moment ; écoute les oiseaux
Te souhaiter le bonjour derrière la fenêtre.
Lève-toi doucement et laisse avec bien-être
Avancer la journée : il est encor trop tôt !

Oublie en te levant que tu coûtes très cher
Et que tu contribues à la dette publique !
Aie la conscience claire, et d'un air pathétique,
Essuie donc une larme en pensant à l'enfer

Où s'échinent encor les copains qui travaillent !
N'hésite pas à boire un coup à leur santé...
Voire deux, et retourne avec sérénité
Vers une éternité de fête et de ripaille !

Et si, bien par hasard, à côté d'une école
Tu venais à passer, ne t'y attarde pas :
Prends le trottoir d'en face et allonge le pas,
Car on ne sait jamais ! Saute dans ta bagnole

Et pars pour le Chili, l'inde ou la Kamtchatka,
Mais emporte avec toi au bout de ta retraite
L'amitié des copains qui ce soir te font fête
Et oublie en partant tous soucis et tracas.

Fais ample provision de chansons et de rires
Pour aller le coeur gai et semer alentour
De la joie, du bonheur, et aussi de l'amour :
Tu auras tout ton temps pour aimer et sourire !

(Peyrolles-en-Provence, le 11 janvier 2007)

Poème inédit














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Jeudi 11 septembre 2008 4 11 /09 /2008 14:01
Voici aujourd'hui une manière originale d'envisager le temps qui passe, avec ce poème fondé sur la symbolique des jours de la semaine, bien digne de figurer dans ce recueil des "Alchimies" !



SEMAINIER

Le lundi voit germer des projets fantastiques
Formés au clair de lune, au vent du firmament,
Sous le hâlo ténu d'ombres fantasmatiques
Quand s'attarde au matin le rêve, infiniment...

Puis on va le mardi, d'une hâte martiale,
Tenter de donner forme aux espoirs silencieux
Et modeler son rêve aux règles impartiales
De la réalité des instants capricieux.

Quand vient le mercredi l'espérance s'envole,
Messagère pressée sur les ailes du temps
Avec l'air effronté d'une femme frivole
Qu'illumine l'éclat d'un éternel printemps.

Le jeudi, tout à coup, le ciel et la lumière
Flamboient sur le chemin l'espace d'un éclair,
On se croit immortel, comme à l'aube première,
On boit, on rit, on danse, et le feu chante clair !

On joue le vendredi aux amours éternelles
En refusant de voir les rides du destin
Ravager notre front d'entailles criminelles,
Et l'on cède parfois aux plaisirs clandestins...

Un matin, brusquement, le samedi se lève,
Le dévoreur d'instants vient prendre son tribut,
Il mène le sabbat, tel un tueur de rêves,
Et l'on vient se coucher, comme un cheval fourbu...

Alors il n'y a plus qu'à tourner son visage
Vers un nouveau soleil sous le regard de Dieu
Pour contempler, confiant, de nouveaux paysages
Dans l'espoir merveilleux d'un dimanche radieux !

(Peyrolles-en-Provence, le 29 septembre 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies", Ed. La Société des Ecrivains - Paris


Et puis, je prie mes enfants et mes petits-enfants de bien noter sur l'agenda de la vie ces quelques recommandations pour naviguer sûrement, et bravement, sur ce long fleuve capricieux, aux méandres imprévisibles, qui se perd dans un océan d'incertitudes...


TIENS FERME LA BARRE

Lorsque la tempête
S'avance vers toi
 
Redresse la tête,
Va, et marche droit.
Lorsque la détresse
S'abat sur ton toit,
Oublie ta tristesse,
Va, et marche droit.

Quand la meute des loups te harcèle en bavant,
Souris à leurs menaces et regarde devant.

Lorsque brillent les jours de gloire et de lumière,
Garde la tête froide et souris aux chimères.

Si on loue ton nom, si on le vénère,
Lorsque tu entends le chant des sirènes,
Passe ton chemin, souris aux chimères.
Dans la joie, l'amour, la peur ou la peine,
Devant les flatteurs ou devant l'offense,
Sois digne, et tiens bon dans le tintamarre,
Ecoute ton coeur battre la cadence,
Face à ton destin, tiens ferme la barre.

Et le dernier jour,
Tiens-toi droit toujours !

(Peyrolles-en-Provence, le 28 septembre 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies".
 

                                                           

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Mardi 16 septembre 2008 2 16 /09 /2008 15:50
J'aime y porter mes pas. Ce sont rarement des endroits très connus, submergés par le flot touristique. Ces lieux apparaissent en général au détour d'un sentier, par surprise, mais s'imposent tout à coup comme une évidence : un paysage inattendu, la qualité de l'air, un silence qui vous parle, l'envol d'un oiseau, le cri d'un animal, une ombre furtive... et un étrange bien-être dans un environnement que vous sentez fait pour vous. C'est ainsi qu'un matin de septembre 2007, au pied du Taillefer, "la montagne inspirée" m'a soufflé ces quelques vers mis en forme quelques jours plus tard, de retour dans mes terres du Val de Durance :

CIMES

Le vent soufflait sur la ligne des crêtes
Et le soleil froid hésitait à sortir
Tandis qu'au loin résonnaient les clochettes.

Une marmotte a sifflé tout à coup
Pour prendre aussitôt ses pattes à son cou
Et disparaître au fond d'un souvenir.

Quelques choucas jouaient dans les nuages
Sur le toboggan vertigineux du ciel
Et tout en bas s'éveillaient les alpages.

L'aube pointait l'éclat immatériel
De l'instant magique où la nuit se déchire
Sur le rasoir d'une arête de roc.

Et nos regards fixaient le point de mire
De l'âpre sommet planté là comme un soc
Sur les défis de notre impertinence.

Mais Dieu marchait en premier de cordée
Dans l'égarement des rêves enchantés
Et le soleil réchauffait le silence...

(Peyrolles-en-Provence, le 24 septembre 2007)
Poème inédit

Avec un haïku non académique écrit pendant l'ascension de ce beau sommet :

Devant nous le Taillefer
dresse sur le ciel sa garde de fer

(Pas de la Mine, 2440 m, Matheysine ; le 23 septembre 2007)
Haïku inédit


Et bien souvent, c'est dans les lieux les plus déshérités, ceux qui semblent abandonnés de Dieu, que l'on trouve des trésors: le texte qui suit a été rédigé à la demande de mon ami Maxime, fidèle compagnon de lointaines escapades à VTT, en souvenir  d'un certain soir d'étape d'août 2005 du côté de Castil Sabas dans la Sierra de Guara.
Nous  nous trouvions, après une dure journée, dans un petit refuge, très sommaire, dans un de ces coins perdus que les Espagnols appellent "el culo del mundo".
Mais là aussi, il nous a été démontré que, comme toujours,

OU IL N'Y A RIEN, IL Y A TOUT

Sur des pistes brûlées par un soleil torride,
Tout au long d'un chemin de soif et de sueur,
Nous avons promené la tenace lenteur
D'une brève évasion sur ces terres arides.

A travers les sierras, les ravins chaotiques,
Le jour s'éternisait et les mollets souffraient,
Le chemin s'étirait et l'on cherchait le frais
Sous le maigre couvert d'un arbre squelettique.

Puis nous avons trouvé, au détour de la route,
Un refuge caché au bout de nulle part
Au milieu des buissons et des cailloux épars
Où nous avons posé notre sac et nos doutes.

Alors je me suis mis en quête de fortune
Et je suis reparti chercher à tout hasard
De quoi boire et manger, l'esprit vague et musard,
Espérant le salut d'une grâce opportune !

Mais alors que j'errais dans les rues improbables
D'un village perdu, abandonné du Ciel,
J'ai entrevu soudain l'espoir providentiel
Que donne le secours d'une main charitable...

Ce n'était après tout qu'une gorgée de bière
Que généreusement me tendait cette main,
Mais, gravée dans mon coeur pour bien des lendemains,
Ce n'était rien de plus qu'une offrande princière !

(Peyrolles-en-Provence, le 30 septembre 2005 ; que Maxime me pardonne d'avoir écrit ce texte à la première personne, mais il fallait que je me mette en quelque sorte "dans sa peau").
Poème extrait du recueil "Alchimies", Ed. La Société des Ecrivains - Paris



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Jeudi 18 septembre 2008 4 18 /09 /2008 15:45
En effet, voici aujourd'hui un poème assez loufoque, un peu grivois, ce qui explique l'astérisque du titre indiquant que, bien qu'il reste très "soft" , ce texte ne s'adresse pas forcément à tous les lecteurs.
Mais cette revue alphabétique de prénoms féminins n'est de toutes façons qu'un pur


DELIRE

J'en ai connu des belles et girondes,
Des brunes, blondes, des minces des rondes,
De vieilles peaux et de gentils tendrons,
Poules de luxe ou vierges en haillons,
J'en ai toujours fait de très jolis rêves
Du crépuscule à la nuit qui s'achève...

Enfant, j'ai entrevu le nirvâna
Assis sur les genoux de tante Anna,
Mais ils ne valaient pas les jolies cuisses
Que me montrait cousine Béatrice !

Au Cours Moyen je lorgnais sur Chantal
Qui m'envoûtait de son regard fatal,
Et j'ai osé déposer une bise
Sur les joues de ma copine Denise...

Puis, j'ai soupçonné de nymphomanie
La fille du Principal, Emilie,
Et au lycée j'écrivais pour Françoise
Des poésies et des chansons grivoises...

Mais j'ai aussi fumé du cannabis
La tête sur les fesses de Gladys !

J'ai cherché à voir les jambes de reine
Dont parlait Brassens à propos d'Hélène,
Mais les plus belles à ce palmarès
C'étaient sans doute les jambes d'Inès !

Plus tard il a fallu que je lutine
Dans l'ascenseur ma voisine Justine,
Et comment aurais-je pu rester zen
Devant les seins plantureux de Karen ?

J'ai fantasmé sur les robes diaphanes
Que portait la boulangère Liliane,
Et j'aurais pu apprendre le tango
Pour enlacer la taille de Margot ...

Qu'aurais-je tenté pour le privilège
D'une soirée dans les bras de Nadège,
Ou, mieux encor, pour partager le lit
Une seule nuit avec Ophélie !

A l'école je contemplais les hanches
Et les reins de ma collègue Pervenche,
Et j'aurais bien été le favori
D'une maman appelée Quitterie...

Mais je dois dire aussi pour être honnête,
Que j'en pinçais encor plus pour Rosette !
J'ai bien failli faire un tour sous les draps
En draguant la psychologue Sandra...

Mais j'ai craqué devant les yeux de braise
De la dame patronnesse Thérèse !

Un soir de bringue, à coups de téquila,
J'ai retroussé la jupe d'Ursula,
Mais j'ai reçu dans un vent de panique
Une grande gifle de Véronique !

Au restaurant où j'allais le lundi
J'aimais frôler les genoux de Wendy,
Et le jeudi j'allais boire une bière
En contemplant les dessous de Xavière...

Un samedi j'ai rencontré Yseult
Et j'en suis vite tombé amoureux...
Mais dimanche, des yeux de Zéphyrine,
J'ai attrapé la fièvre adultérine !

°°°°°

Hélas, cet alphabet de confessions
N'est qu'un chapelet de pure invention !

(Meyrargues, le 30 septembre 2006)
Poème extrait de "La Marmite du Diable", inédit.

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Mercredi 24 septembre 2008 3 24 /09 /2008 17:32


Un de plus, parti grossir les rangs des souvenirs. Et ces premiers jours de l'automne, un peu maussades - bien que ce soit une saison que j'aime beaucoup en Provence ! - sont propices à une mélancolie qui n'est somme toute pas désagréable...
Un poème de jeunesse, un "faux sonnet" écrit il y a 37 ans exprime assez bien les sentiments doux-amers que peut inspirer ce changement de saison :


ESPERER DESESPEREMENT...

Attendre chaque jour après d'autres départs
Vers d'autres rendez-vous auxquels je serai seul
Et chercher à nouveau des refrains au hasard,
Les refrains où le temps a posé son linceul ;

Recommencer sans cesse une même chanson
En essayant d'y croire envers et contre tout,
M'accrocher à des mots, à tort ou à raison,
Mais y trouver toujours les parfums les plus doux ;

Poursuivre son chemin en oubliant son but,
Mais demeurer pourtant constamment à l'affût
Du retour fugitif de quelque ancien instant ;

Errer sous le couvert de l'ombre du passé
Et au seuil de demain que je vois s'avancer,
N'y croyant plus, espérer désespérément !...

(Marseille, le 14 septembre 1971)
Poème extrait du "Sentier des Cantilènes", Ed. Amalthée - Nantes

Le poème suivant est beaucoup plus récent. L'absence de ponctuation permet une association libre de certains vers , et on y trouve aussi cette hésitation entre désabusement et espoir...

AUTOMNE

L'automne emporte
Avec les feuilles mortes
Les serments d'amour à grands coups de mistral
Dans un crépuscule spectral
L'automne berce
D'illusions sous l'averse
De ses jours trop courts de ses soirs trop longs
Cheveux d'argent et cheveux blonds

L'automne chante
Et nos rêves déjantent
Dans le clair-obscur des feuillages d'or
Quand l'espoir dans les coeurs s'endort
L'automne écoule
Ses instants qui s'écroulent
Dans le tourbillon des années perdues
Et les larmes des yeux déçus
L'automne pleure
Et la vie n'est qu'un leurre
Mais croyons encore à des jours meilleurs
On peut toujours rêver d'ailleurs

(Peyrolles-en-Provence, le 5 novembre 2006)
Poème inédit

Et pour terminer cette page automnale, voici deux haïku de saison :

Brouillards,
fantômes esquissés,
terres de hasard,
pièges tissés...

(Peyrolles-en-Provence, le 28 septembre 2005)

Chante l'automne
d'un air timide
dans l'ombre humide

des jours qui frissonnent !
(Aix-en-Provence, le 28 septembre 2005)
Haïku inédits






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Samedi 27 septembre 2008 6 27 /09 /2008 17:05
Voici aujourd'hui un poème étrange, une ballade onirique pas toujours tout à fait régulière - les rimes n'y sont pas agencées de manière académique, et je ne prétends pas être un maître du genre comme l'était François Villon ! - mais il s'agit, comme le titre l'indique, d'un simple badinage...

BALLADINAGE

Quel doux zéphyr me frôle et m'ensorcèle,
Est-ce un fantôme, une ombre évaporée ?
Je vois passer des songes effarés
Entre les rets de mon coeur qui chancelle,
J'entends chanter des psaumes éthérés
Au firmament d'étoiles irréelles,
Et des parfums aux perfidies mortelles
Viennent charmer mes esprits égarés...
Lorsque j'entends le sommeil qui m'appelle,
Qui vient le soir me frôler de son aile ?

J'entends le rire et les chants murmurés
De jolies fées en robes de dentelles,
Des anges blonds passent en ribambelle
Sur le halo d'un rêve déchiré ;
Les chérubins dansent la tarentelle
Et je m'endors dans leurs boucles dorées...
Mais qui sont donc ces grâces délurées,
Anges ou fées, célestes damoiselles
A mon chevet dans l'ombre aventurées,
Qui vient le soir tendrement m'effleurer ?

Je vois aussi danser les étincelles
Dans le regard de démons enfiévrés,
Et je me sens soudain désemparé
Entre l'extase et la peur qui s'emmêlent...
Les diablotins, d'or et d'argent parés,
Me convient à des voluptés nouvelles,
Anges, démons aux brillantes prunelles,
Qui me sourit pour mieux me dévorer ?
Est-ce le ciel, l'enfer qui me harcèle,
Qui vient le soir m'effleurer de son aile ?

Dieu ! Dites-moi s'il faut rire ou pleurer,
Dois-je prier, et pour quelle chapelle ?
Laissez mon coeur poster ses sentinelles
Et regarder, dans mon rêve empêtré,
Qui vient le soir m'effleurer de son aile...

(Peyrolles-en-Provence, le 26 septembre 2008)
Poème inédit




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Lundi 29 septembre 2008 1 29 /09 /2008 18:26
La vie est un jeu. Une espèce de commèdia dell'arte où chacun s'efforce de tenir le rôle qu'on attend de lui ; ainsi, on joue le "rôle professionnel", le "rôle familial", le "rôle amical", et bien d'autres encore. Mais les choses se compliquent lorsqu'on se joue la comédie à soi-même ; à ce moment-là, il faut bien que les choses cessent, alors...

E FINITA LA COMMEDIA !


Le vent sait me parler d'insondables mystères,
Et je sais écouter ses secrets dans le soir
Lorsque l'obscurité se répand sur la terre.

La pluie sait nettoyer les larmes au rinçoir
De ma consolation quand l'éclat d'un sourire
Dépose un arc-en-ciel à l'orée de l'espoir.

Le
brouillard sait cacher mes erreurs et séduire
Par d'habiles appâts mon ingénue candeur,
Et j'aime m'y noyer au bout de mon délire.

La neige sait guérir de sa douce froideur
L
es blessures du temps
et couvrir de silence
Les mots qu'on dit de trop et les rêves menteurs.

Et quand vient le soleil je vois la délivrance
Chasser l'incertitude au-delà de l'éther,
Et brûler les démons de la désespérance !

(Peyrolles-en-Provence, le 29 septembre 2008)
Poème inédit
Ce texte est une "terza rima", poème à forme fixe d'origine italienne, où les rimes s'agencent selon le schéma ABA, BCB, CDC, etc... Lorsque l'avant-dernier vers du dernier tercet rime avec les premier et troisième vers du premier tercet, il s'agit d'une terza rima finita, ce qui est le cas ici.

Et comme je vais partir demain pour quelques jours dans le pays du Buëch pour y arpenter les sentiers à VTT en compagnie d'un complice d'escapades, voici  enfin un petit acrostiche, avant le départ :

Baluchon sur le dos, je largue les amarres
Une nouvelle fois vers de nouveaux chemins,
Et j'emporte avec moi, sous un soleil hilare,
Ces quelques mots joyeux, griffonnés à la main,
Humbles vers accrochés à un air de guitare...

(Peyrolles-en-Provence, le 29 septembre 2008)
Poème inédit

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Dimanche 5 octobre 2008 7 05 /10 /2008 13:33
De retour d'une escapade de cinq jours dans le Pays du Buëch, où, en compagnie d'un camarade j'ai sillonné les sentiers à VTT, voici aujourd'hui un poème "philosophique" inspiré par l'automne de la vie... Cette "ballade" n'est pas conforme aux exigences académiques du genre : le nombre de pieds n'est pas égal au nombre de vers des strophes, et l'envoi est absent ; elle n'en a donc que le nom, mais j'ai une grande soif de liberté !

BALLADE D'AUTOMNE

J'ai délaissé mes jardins d'innocence
Pour arpenter des sentiers d'habitude
En oubliant tous mes rêves d'errance ;
Mais en marchant devant l'infinitude,
Je vois au loin s'estomper mon enfance
Et, au-delà de leurs vicissitudes,
Dans le soleil couchant de l'existence,
Les jours s'enfuient avec les certitudes.

J'ai affirmé avec outrecuidance
La vérité et l'inexactitude,
Et j'ai gravi des sommets d'arrogance
Pour conquérir les hautes altitudes
Et m'inventer une toute-puissance ;
Mais peu à peu, sur fond de solitude,
Sous la vaine lueur de l'expérience,
Les jours s'enfuient avec les certitudes.

Et maintenant que la saison s'avance,
S'installe enfin une douce quiétude,
S'en vont voguer les heures d'insouciance
Poussées au loin au vent de plénitude
Que doucement souffle la Providence ;
L'orgue du temps joue un simple prélude :
Dans le soleil levant de l'espérance
Les jours s'enfuient avec les certitudes...

(Peyrolles-en-Provence, le 3 octobre 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies" - Ed. La Société des Ecrivains, Paris

Pour le poème suivant, il s'agit d'une balade dans le temps: il a été écrit, en effet, alors que j'avais 19 ans. Et déjà, à peine sorti de l'adolescence, je me prenais à regretter l'enfance ! Voilà qui promettait...


INSTANTANE

Les premiers feux du jour ont effleuré ma tente
Et j'ai senti au coeur une étrange tristesse...
Tout ce que je portais d'amertume inconsciente

Resurgit ce matin sous les pâles caresses
Que le soleil levant, d'un indulgent rayon,
Offrait à mes regrets et à ma solitude.
Sur la peau bleue du vent, dessinés au crayon,
Il y avait aussi, par quelque lassitude,
Des arbres tout tordus et de rares buissons,
Et j'y ai vu passer en un rapide éclair
Tout ce que j'ai aimé à l'ombre des saisons ;
J'ai recueilli l'arôme et la fraîcheur de l'air
Qu'ont laissé mes six ans au sable de ces plages ;
Je suis allé errer où le passé navigue
Pour retrouver peut-être un sourire, un visage...
Mais au loin se dressait au milieu des garrigues,
Se profilant sur les matinales pâleurs,
La grise silhouette d'un chasseur...

(Calanque de Bonnieu, près de Carro, octobre 1971)
Poème extrait du "Sentier des Cantilènes", Ed. Amalthée - Nantes)

Et puis, pour finir, ce haïku pour célébrer la fraîche douceur des matins automnaux...


Clarté des matins d'automne,
dans l'air qui frissonne
clochettes qui sonnent...
(Moulin de Saint-Jean, près de Monieux, dans les Monts du Vaucluse, le 26 octobre 2005)
Haïku inédit



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Lundi 6 octobre 2008 1 06 /10 /2008 11:29
Voici en effet deux poèmes très différents aujourd'hui : le premier est un divertissement sans prétention inspiré par une activité pédagogique dont une de mes collègues de travail de l'époque - et grande inspiratrice ! - Corinne, m'avait soumis la fiche de préparation. Il s'agissait d'une séance de natation pour laquelle elle avait imaginé toutes sortes de jeux aquatiques...


BLOOB !

Au jeu de la grenouille
S'amusent les crevettes,
Elles font des patouilles
Et se mouillent la tête !

On quitte le rivage
Quand le crabe menace,
On s'échappe à la nage
Et l'on refait surface !

Puis commence sous l'eau
La chasse aux coquillages,
Et l'on voit sous les flots
Un bel embouteillage !

Le commandant Cousteau
Et ses scaphandriers
Vont chercher les tourteaux
Pour vendre à la criée !

Les pêcheurs de corail
La tête la première
Plongent vaille qui vaille
Et cherchent la lumière !

Mais à la pêche aux moules
On ne veut plus aller,
Lorsque le bateau coule,
La mer est trop salée !

(Peyrolles-en-Provence, le 4 octobre 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies", éd. La Société des Ecrivains - Paris

Celui-ci, très différent, a été écrit immédiatement après une randonnée sur la Côte Bleue en l'honneur de mes vieux et fidèles compagnons de randonnées, le petit groupe des traminots de Marseille que j'ai conduits sur bien des sentiers...

                                                                          


COMPAGNONS DES MERCREDIS

Aux fidèles compagnons
De mes mercredis
J'offre ces modestes rimes
A bras-le-coeur brandies !

Du petit port de Niolon
Au Bec de Sormiou,
Des vertigineux abîmes
Aux déserts de cailloux ;

Du ressac du littoral
Aux crêtes altières
Nous avons conduit nos pas
Sur des voies de lumière.

Et quand les coups de mistral
Battaient la cadence,
Les heures ne comptaient pas
Devant notre insouciance.

A l'ombre des pins pignons
Ou au vent des cimes,
Ensemble nous partagions
La joie simple et sublime.

Et lorsque l'heure fatale
Des vieux jours viendra,
Du bon temps le clair fanal
Nous illuminera !

(Calanque de La Redonne, le 5 octobre 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies", éd. La Société des Ecrivains - Paris

Mais cette randonnée du 5 octobre 2005 s'était interrompue brutalement et de manière assez comique, bien que sur le coup nous ne riions guère... Des milliers de moustiques particulièrement agressifs nous ont tant harcelés que nous avons du piteusement battre en retraite, d'où ce haïku !

Des nuées de moustiques
qui piquent,
et le bain forcé
dans l'eau glacée !

(Calanque de Méjean, le 5 octobre 2005)


Et pour terminer dans la série des randonnées mouvementées, voici un haïku qui évoque la chute terrible d'un copain, à VTT, qui lui a valu quatre côtes cassées ; notre vie n'est pas toujours un long fleuve tranquille !

La descente
grisante,
et soudain ça tourne mal :
la chute brutale !

(Cabrières d'Aigues, le 9 octobre 2005)
Haïku inédits






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Mercredi 8 octobre 2008 3 08 /10 /2008 13:04
L'angoisse - ou tout au moins l'obsession - du temps qui passe a été très tôt un thème récurrent dans ma production d'écrits. Je m'en suis tout de même fait une raison et, actuellement, j'envisage la fuite des jours avec beaucoup plus de sérénité !
Ce texte écrit à dix-sept ans, sans ponctuation pour mieux marquer la fugacité des instants, est très caractéristique de ce qui était une de mes grandes préoccupations métaphysiques de l'époque !

CONTRE LA MONTRE

Soir    le vent rafraîchit la nature assoupie
Soir    la mer vient lécher le sable sans répit
Soir    le soleil descend sur l'horizon ardent
Soir    je voudrais te vivre et n'en ai pas le temps

Soir    un phare illumine un instant le chemin
Soir    il n'est plus qu'un point qui s'enfuit vers demain
Soir    un oeil me regarde au fond de ce fourré
Soir    je te sens glisser entre mes doigts serrés

Soir    le temps s'effiloche et les âmes se taisent
Soir    quelque part un chat se réchauffe à la braise
Soir    la fumée d'un train monte dans le lointain
Soir    un coup de mistral et l'instant s'est éteint

Soir    un insecte meurt la-bas dans les bruyères
Soir    un homme agonise aux confins de la terre
Soir    la vie et la mort se disputent la nuit
Soir    il n'est d'éternel que le temps qui s'enfuit

Soir    mille souvenirs brillent dans les embruns
Soir    et l'instant présent les dévore un à un
Soir    je te vois soudain au soir te dérober
Soir    tu n'es que prologue et la nuit va tomber

Soir    une étoile point d'une lueur timide
Soir    il traîne dans l'air une fraîcheur humide
Soir    déjà le passé s'éloigne dans le noir
Soir,   je veux retourner où tu étais le soir !

(La Couronne, octobre 1969)
Poème extrait du "Sentier des Cantilènes", éd. Amalthée - Nantes

Et le voyage dans le temps me conduit à la même époque, pour relire les vers de ce joli poème dans lequel le dernier quatrain - très réussi, je peux le dire sans fausse et inutile modestie pour l'adolescent que j'étais, exprime une très grande mélancolie...

RIEN DE NOUVEAU SOUS LE SOLEIL...

Où se sont égarés les sentiers de naguère ?
Vers les anciens refrains qui vivent sans répit
Au fil des souvenirs qu'à mesure on enterre
Quand le disque s'achève et que le chant faiblit ?

Ou parmi ces fumées dissipées à jamais
Sur un ciel bien trop gris pour être un paradis,
Que crachent des trains noirs aux ventres affamés
D'un quelconque départ vers un autre jadis ?

Ou bien vers les espoirs mornes et hésitants
Qui voudraient de demain vers hier revenir
En traînant aujourd'hui sur un air languissant,
Aujourd'hui qu'on voudrait voir aussitôt mourir ?

Les ronces à jamais les ont dissimulés
A nos regards déçus, à l'orée de l'oubli,
Et s'étendent au loin les terres désolées
Sur l'infini langueur des jours inaccomplis...

(Marseille, octobre 1969)
Poème extrait du "Sentier des Cantilènes", éd. Amalthée - Nantes

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