J'avais mûrement préparé ce tournant décisif de l'existence, et je ne regrette pas d'avoir tourné la page professionnelle de ma vie au vu de la tournure que prennent les évènements en matière d'école. Je n'insisterai pas. Mais je vous livre aujourd'hui quelques textes que j'ai écrits sur ce moment particulier, jamais anodin, de la vie.
Le sonnet suivant a été redigé à peu près un an avant la date fatidique. Il y apparaît un bel optimisme !
TERRE DROIT DEVANT !
Je vois à l'horizon une nouvelle terre
Profiler son rivage après bien des années
Où j'ai mené ma barque au milieu des chimères,
Des illusions perdues et des rêves fanés.
Je l'ai menée parmi les bonheurs éphémères
Que donnent les efforts jamais abandonnés
De tenter d'élever l'âme contestataire
De centaines d'enfants de leurs jeux détournés !
Je vais bientôt laisser les grammaires austères
Et je vais pour toujours fermer la porte au nez
Des donneurs de leçons et des secs magistères ;
Je vais pouvoir jouer dans la cour des mystères
Jusqu'au bout du chemin, jusqu'au dernier été,
Pour retrouver l'enfant que j'ai toujours été.
(Peyrolles-en-Provence, le 26 septembre 2006)
Poème inédit
Le deuxième texte a été écrit l'année dernière, le jour même de la rentrée des classes. Je me trouvais ce jour-là à plus de trois mille mètres d'altitude du côté du
Col des Clouzis, dans le massif des Ecrins, en compagnie de mon fils Charles, sur les coups de neuf heures du matin. J'avais alors ressenti une sensation de bonheur intense à l'idée des
éternelles vacances qui commençaient pour moi...
JE N'IRAI PAS A L'ECOLE...
Je n'irai pas à l'école aujourd'hui,
Ni demain, d'ailleurs, je m'enfuis
En jetant mon cartable
Par la fenêtre, et je ris aux éclats
Au nez des maîtres vénérables
Dans ce matin en habit de gala.
Je fais enfin l'école buissonnière
Et vais, la conscience légère,
Jouer avec les cancres
A déchirer et brûler les cahiers,
Et je vais pouvoir jeter l'encre
Sur le bord du chemin des écoliers !
Je m'en irai réciter des poèmes
A l'oreille des chrysanthèmes
Sur le cercueil verni
De ces années ensevelies à l'ombre
Des vieux dictionnaires jaunis,
Et dire enfin des gros mots sans encombres !
Je n'irai plus à l'école, maman,
Pas plus demain que dans dix ans,
Et la rentrée des classes
Pourra se faire à tout jamais sans moi...
Désormais je cède la place
Pour m'en aller promener dans les bois !
(Ailefroide, massif des Ecrins, le 4 septembre 2007)
Poème inédit
Enfin, ce dernier poème a été écrit à l'occasion du départ à la retraite d'une de mes collègues et amies.
En modifiant quelques mots, il pourrait s'adresser à n'importe qui sur le point d'enterrer sa vie professionnelle...
CONSEILS POUR UNE BONNE ET HEUREUSE RETRAITE
Evite tout d'abord tout effort inutile
Et pour bien commencer, supprime le réveil :
Attends béatement que vienne le soleil
Te caresser la joue, sans te faire de bile...
Rêve encore un moment ; écoute les oiseaux
Te souhaiter le bonjour derrière la fenêtre.
Lève-toi doucement et laisse avec bien-être
Avancer la journée : il est encor trop tôt !
Oublie en te levant que tu coûtes très cher
Et que tu contribues à la dette publique !
Aie la conscience claire, et d'un air pathétique,
Essuie donc une larme en pensant à l'enfer
Où s'échinent encor les copains qui travaillent !
N'hésite pas à boire un coup à leur santé...
Voire deux, et retourne avec sérénité
Vers une éternité de fête et de ripaille !
Et si, bien par hasard, à côté d'une école
Tu venais à passer, ne t'y attarde pas :
Prends le trottoir d'en face et allonge le pas,
Car on ne sait jamais ! Saute dans ta bagnole
Et pars pour le Chili, l'inde ou la Kamtchatka,
Mais emporte avec toi au bout de ta retraite
L'amitié des copains qui ce soir te font fête
Et oublie en partant tous soucis et tracas.
Fais ample provision de chansons et de rires
Pour aller le coeur gai et semer alentour
De la joie, du bonheur, et aussi de l'amour :
Tu auras tout ton temps pour aimer et sourire !
(Peyrolles-en-Provence, le 11 janvier 2007)
Poème inédit