Mardi 13 mai 2008
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17:04
Ce début du mois de mai me rappelle bien des souvenirs... Tandis que j'écoute "Le Temps des Cerises", l'ancien soixante-huitard que je suis se laisse aller à une douce
nostalgie.
Et tandis que les dernières mesures de la chanson s'éteignent dans le silence, je vous livre ce texte un peu désabusé...
MAIS...
Sur les chemins du mois de mai
Nous avons laissé des sourires,
Et nos espoirs à tout jamais
Hurlent des tourments de martyres.
Sous les drapeaux rouges et noirs
Nous chantions l'Internationale,
Nous avons cru au dernier soir
En ces précoces saturnales...
Nous avons brandi l'étendard
De notre rebelle insolence
Et craché sans aucun égard
Sur les bourgeoises convenances.
Par les chemins du mois de mai
Nous avons cueilli des chimères :
Qu'y poussera-t-il désormais
A l'ombre des heures amères ?
Nous n'avons pas, sous les pavés,
Trouvé la plage, et le silence
Sur nos illusions entravées
Etend sa triste somnolence.
L'espérance s'est consumée
Au feu ardent de la jeunesse
Sur les chemins du mois de mai
Au bord d'une voie de détresse...
Mais le printemps refleurira :
Ce n'est pas la fin de l'Histoire.
Un de ces matins chantera
Une aurore jubilatoire
Sur les chemins du mois de mai.
Demain nous cueillerons sans doute
Les joies que le rêve permet
De semer le long de la route...
(Peyrolles-en-Provence, le 9 mai 2008)
Poème inédit
Et puis d'autres souvenirs frappent à ma porte : celles et ceux qui ont eu entre 15 et 20 ans en
1968 se souviendront peut-être de ces chansons qui ont rythmé l'été de cette année là. Pour moi, ces airs évoquent de bien tendres instants...
LES FLEURS DU MOIS DE MAI
Que sont donc devenues les fleurs du mois de mai
?
Nous les avons cueillies "au nom de la jeunesse"
Que chantait Aznavour en ces jours de promesses,
Mais le temps les a flétries, hélas, à jamais...
Je suis allé souvent "siffler sur la colline"
Pour attendre dans la candeur de mes seize ans
Le présent
De quelques paroles câlines...
J'ai attendu un mois - toute une éternité ! -
A errer entre deux mirages
Et en écoutant de la plage
Monter le doux refrain de la "Valse d'été" ;
J'espérais que le crépuscule
La course du temps suspendît
Quand nous jouions à "Jacques a dit",
Mais il n'a jamais dit que les heures reculent !
Tu étais belle et j'étais sot,
Et j'ai failli noyer mes peines
Dans l'eau claire du "vieux ruisseau".
L'été s'est envolé en passant comme un charme
Il m'a coûté des nuits de veille et de tourments,
De doux regards, de faux serments,
Et des larmes.
Mais que sont devenues les fleurs du mois de mai ?
Tu les as oubliées, ainsi que nos sourires,
Nos illusions perdues sur les jours qui s'étirent
Et "la canzone che ti parlera di me"...
(Peyrolles-en-Provence, le 5 janvier 2008. A Solange G..., qui ne lira probablement jamais ce poème)
Poème inédit
Enfin, je vais terminer pour aujourd'hui cette "séquence nostalgie" en dédiant
ce dernier poème à tous les rescapés des
SEVENTIES
Je ne sais pas vraiment si la vie était belle
Au temps de nos vingt ans... mais nous avions vingt ans !
L'on s'amusait de peu, vivant de l'air du temps,
Nos cheveux étaient longs et nos mèches rebelles...
Nous entrions confiants dans une ère nouvelle
En emportant un peu des sourires d'antan ;
Nous traînions dans les rues de l'automne au printemps
En remettant notre âme à toutes les chapelles.
Nous avons survécu à nos incertitudes
En ajustant nos pas dans les pas du Progrès,
Nous faufilant parmi bien des vicissitudes.
Cette vie nous a fait ce qu'aujourd'hui nous sommes ;
Nous n'en sommes pas fiers mais n'avons nul regret :
Nous sommes devenus tout simplement des hommes...
(Peyrolles-en-Provence, le 14 janvier 2006. En me disant que le vrai poète est celui qui sait garder sur les choses un regard d'enfant, et qu'on
a l'âge de ses illusions.)
Ce dernier poème est extrait d'"Alchimies" un recueil de 162 textes publiés à la Société des Ecrivains en janvier 2008. C'est mon deuxième
recueil ; le premier s'intitule "Le Sentier des Cantilènes" et a été publié aux éditions Amalthée en mars 2006. Il est à ce jour malheureusement épuisé.
Marcel ORENGO
Par Marcel Orengo
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