Jeudi 15 mai 2008
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Toujours dans la séquence "nostalgie", voici aujourd'hui deux textes écrits en mai 1969. J'avais alors dix-sept ans et ce sont les deux premiers que
j'ai écrits... Du moins les premiers dont j'ai retrouvé la trace.
LEITMOTIV
Contre la nuit souffle le vent,
Les noirs
cyprès courbent la tête,
Dans le lointain le train halète
Et la fumée qui se répand
Un instant me rappelle un parfum de regrets :
Le petit train de Benimaclet.
Je redoute qu'il me poursuive
De l'aurore jusqu'au couchant,
Que dans mon rêve il soit présent
Et que dans la mort il me suive
L'appel désespérant et strident du sifflet
Du petit train de Benimaclet...
Je marche avec un vague espoir
Vers les chemins de mon destin,
Mais d'ailleurs, où sont ces chemins ?
Je ne les vois plus nulle part.
Je veux ouvrir un huis dont j'ai perdu la clé
Sans petit train de Benimaclet.
Mais nous venons de démarrer,
Il me faut savoir où descendre,
Je ne dois surtout pas attendre
Le jour où je déraillerai ;
Je sauterai en marche et lors je m'écrierai :
"Terminus à Benimaclet !"
(Marseille, mai 1969. Ce poème naïf et imparfait a été écrit de retour d'un séjour à Valence (Espagne) dont Benimaclet est une banlieue
éloignée, et il évoque un tendre souvenir de vacances...
Ce texte me fait aussi penser qu'en 1969 quelques trains à vapeur circulaient encore !)
Poème publié dans le recueil "Alchimies" (Ed. Société des Ecrivains, Paris) en janvier 2008.
DEMAIN, JE PARTIRAI...
Ce bruit lointain de houle où hurle la bouée
Qui secoue ma torpeur et m'invite à rêver
Cristallise un instant le plus beau de mes souhaits,
Apportant de la mer des senteurs ravivées
Par le souffle du vent qui chante l'aventure
Sous forme d'un embrun, d'un mât, d'une voilure...
Et je rêve d'un jour où, larguant les amarres,
Laissant derrière moi les matins ennuyeux,
Je partirai au loin, tenant ferme la barre,
Poursuivant l'horizon et, sous le ciel joyeux
Brillant de mille espoirs, les vagues purifiantes
Viendront éclabousser mes randonnées errantes.
Je serai libre enfin sous des soleils radieux,
Bercé par le roulis, réveillé par la brise,
Comme à l'aube des temps sous la voûte des cieux,
Cherchant obstinément quelque terre promise
Et je suivrai sans fin des routes improbables
A travers les secrets de songes ineffables.
Mais déjà le sommeil alourdit mes paupières
Et l'appel des bouées décroît dans le silence ;
Dehors la nuit étend son manteau de chimères
Et sur le plafond blanc des ombres se balancent.
Maintenant, sur la plage humide et désertique,
Seuls s'obstinent encor des reflets sporadiques...
(La Couronne, près de Martigues, mai 1969. Ce poème exprime de façon symbolique les rêves de liberté et
d'indépendance de l'adolescent que j'étais. Je ne me suis jamais guéri du "mal d'adolescence"...)
Poème publié dans "Le Sentier des Cantilènes" (Ed. Amalthée, Nantes) en mars 2006.
Par Marcel Orengo
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