Jeudi 12 février 2009 4 12 /02 /2009 10:31
Retour aujourd'hui à d'autres souvenirs d'enfance. Le premier poème est un hommage au quartier de Marseille où j'ai passé la plus grande partie de mon enfance et de ma jeunesse puisque j'y suis arrivé en 1956, à l'âge de 4 ans, et que je l'ai quitté à 20 ans. Bois-Lemaître est situé à la périphérie est de Marseille, sur un des points les plus élevés de la cité phocéenne. On y avait une très belle vue, notamment de ma chambre d'où l'on pouvait contempler toute la Chaîne de l'Etoile. Pendant les premières années de notre séjour dans ce quartier, c'était une véritable campagne avec de belles pinèdes au milieu desquelles les immeubles avaient été bâtis. L'endroit était calme et agréable, loin de l'agitation du centre-ville, et j'en ai un excellent souvenir...
A noter que depuis le jour où j'ai écrit ce poème, la maison de Bois-Lemaître a été vendue. J'en ai ressenti un certain chagrin.

BOIS-LEMAÎTRE

J'y ai passé jadis une enfance tranquille ;
Il y avait autour des grands immeubles blancs
Un monde à découvrir qui dominait la ville :
Des jungles, des forêts et des déserts brûlants,
Des steppes infinies, des montagnes sauvages,
Et même un vieux bassin devenu Pacifique
Où nous imaginions de fabuleux rivages
Peuplés d'affreux démons et d'êtres fantastiques !
Nous traquions l'écureuil comme un tigre farouche
Et chassions les lézards comme des caïmans ;
Dans nos jeux de gamins, une vulgaire souche
Devenait aussitôt un coffret de diamants !
Nous étions flibustiers, explorateurs, brigants,
Nous menions des armées conquérir l'univers,
Chevauchions au galop de nos coursiers fringants
Et traversions à skis la banquise en hiver !

Plus tard, adolescent, j'ai reconstruit le monde
Au pied des bâtiments avec quelques complices ;
Nous avons inventé, d'une verve féconde,
Des mots de liberté, des vertus rédemptrices !
Sur les murs délabrés d'une vieille cabane
Nos premières amours avons sacralisées,
Tandis que nous guettions sous la lueur diaphane
De quelque réverbère un beau rêve brisé.
Et c'est dans le secret de ma chambre douillette
Que j'essayais aussi mes rimes imparfaites...

Et puis notre maison a vu partir le père,
Et avant lui son père, et plus tard notre mère ;
Il y a eu des deuils, des heures de détresse,
Mais j'y revois toujours les joies de ma jeunesse.
Les jours s'en sont allés, les souvenirs demeurent,
Ni l'enfance sacrée, ni les rêves ne meurent...

Aujourd'hui j'ai quitté pour toujours ses vieux murs
Mais ils sont pour l'instant restés entre nos mains,
Et j'entends revenir en mon coeur des murmures
Et chanter à jamais le choeur de tous les miens !

(Peyrolles-en-Provence, le 2 février 2005)
"Alchimies", éd. La Société des Ecrivains - Paris



Le Boulevard Georges Andrier se trouve à Thonon-les-Bains, à proximité de la gare et en dessous du quartier de Crête. C'est là qu'habitaient jusqu'à la fin des années soixante mon oncle Gaston - à qui j'ai dédié un poème récemment sur ce "blog"- et ma marraine. J'y passais souvent une partie des vacances d'été en compagnie de mes cousines Nicole et Mireille, mais c'est surtout avec cette dernière que je jouais alors.
Je lui dédie donc ce poème, souvenir du temps où j'inventais des jeux extraordinaires, des aventures homériques où les personnages étaient le plus souvent représentés... par des pinces à linges ! Mireille était mon unique complice dans ce fabuleux imaginaire. Mireille a été aussi la dernière personne de la famille à occuper l'appartement de Bois-Lemaître...


SOUVENANCES

Te souvient-il du temps où nous jouions ensemble
Dans cet univers fabuleux
Que j'avais inventé, à Thonon, il me semble,
Au cours de ces jours merveilleux ?

Depuis l'étroit balcon jusqu'au dernier recoin
De la maison ou du jardin,
Nous partions chevaucher les comètes au loin
En quête d'un nouvel Eden !

Avec des pinces  à linge ou quelques bouts de bois
J'avais fabriqué tout un monde ;
J'entraîanais des armées, je rédigeais des lois,
Régnais sur la terre et sur l'onde !

Et tu m'accompagnais en ces lointains voyages
Dans des péripéties épiques,
Partageant les combats, les butins, les naufrages,
Menant des charges héroïques...

Mais nous savions aussi, le soir, sur le balcon,
En regardant les hirondelles,
Imaginer leur vol, en nos rêves féconds,
Couvrir le monde à tire d'ailes.

Mais notre enfance s'est enfuie,
Emportée au bout de la nuit ;
Déferlant sur les jours ses vagues d'impostures,
La vie a dévasté nos rêves d'aventures...

(Peyrolles-en-Provence, le 3 février 2005)
"Alchimies", éd. La Société des Ecrivains - Paris

Sans vouloir jouer les vieux grognons nostalgiques du temps jadis, je constate que dans les "sixties", on savait s'amuser de peu : nous n'avions pas de "play station", mais notre imagination valait bien le "virtuel" informatique ! Les poèmes ci-dessus le montrent abondamment.
Mais il faut croire que les choses avaient déjà bien évolué entre le début du XXème siècle et les années cinquante, c'est du moins ce que ressentais Francor, mon grand-père, et qu'il exprime bien dans ce poème... Mais qu'écrirait-il alors de nos jours ? O tempora, o mores !...

JEUX D'HIER ET D'AUJOURD'HUI

Au temps de ma jeunesse,
Les gens, pleins de sagesse,
Apportaient aux gamins
Des jouets à leurs mains.
Pour les petites filles
Des poupées bien gentilles
Développaient en elles
Un instinct maternel.
En offrant sans façons
Aux tout petits garçons
Une toupie de buis,
Ils s'amusaient sans bruit ;
Une balle étoilée,
Cerfs-volants envolés,
Et les mioches se trouvaient comblés.

Ah, qu'il était beau cet heureux temps
Où, tous contents,
Toujours chantant,
On rendait les gosses fous de joie
En les menant sur les chevaux de bois.

En mil neuf cent cinquante,
la jeunesse épouvante.
Les yeux à peine ouverts,
Elle veut l'univers.
Pour attraper la lune,
Blonds garçons, filles brunes
Vous parlent d'avions
Marchant à réaction.
Ils iraient au désert
Avec des bull-dozers
Et des tanks amphibies
Leur servant de gourbis.
Ils mettent en lambeaux
Les poupons les plus beaux
Pour jouer avec l'homme-robot.

Si c'est ça qu'on nomme le progrès,
Ah, il est frais !
Et j'ai le regret
De vous dire qu'on s'amusait mieux
Dans notre temps qui n'est pourtant pas vieux.

                                                           FRANCOR
                            (Marseille, septembre 1950)
                                                       Poème inédit








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