Lundi 16 février 2009 1 16 /02 /2009 11:37
Aujourd'hui, voici deux poèmes de jeunesse. Federico Garcia Lorca a écrit : "On revient de sa jeunesse comme d'un pays étranger ; le poème, le livre est la relation du voyage". Embarquement immédiat donc pour ces terres lointaines de l'adolescence avec ce premier texte écrit dans un moment de douce mélancolie, en 1970...

OMBRES CHINOISES

Le temps de fumer une pipe
Et le temps de vider cette tasse de thé,
Tombe la pluie et coulent les étés...
Dans la fumée qui se dissipe
Les brumes de l'hiver un moment s'évaporent
Et puis s'agrippent
Obstinément au temps qui les dévore...

Mais le temps que le jour expire
L'hiver s'attarde encore au bout de la jetée ;
Tombe la pluie et coulent les étés,
L'hiver n'en finit de mourir...
J'ai terminé ma pipe et tout s'est effacé
Le temps d'écrire ;
Et moi, je ne vois pas le temps passer...

Et le temps de passer le temps
En tâchant d'oublier pour une éternité
Que la nuit tombe et coulent les étés,
La pluie sur la ville s'étend
Et les derniers clients du salon se retirent.
Mais seul j'attends,
Dans le salon et les éclats de rire...

(Marseille, dans un bar de La Canebière, février 1970)
"Le Sentier des Cantilènes", éd. Amalthée - Nantes

Le second est un poème aux objets qui m'entouraient alors et constituaient mon environnement familier. "Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?", écrivait Lamartine... C'est un peu ce thème que je reprends à ma manière dans ce petit texte de jadis.

LES CHOSES

Lorsque les soirs d'hiver
Lassé du gris des jours amers
Mon âme solitaire
Veut oublier ces tons austères,
Ce n'est que dans ma chambre
Que juillet remplace décembre.
Et ce sont ces objets
Qui refont pour moi le trajet
Parmi les souvenirs
Des heures qu'ils font rajeunir.
Car sur chacun d'entre eux
C'est un de ces moments heureux
Qui se trouve attaché,
Et des bonheurs effilochés
Par les ronces et les épines
Les vagues contours s'illuminent :
Hier est exhumé
Par ces amis inanimés ;
ces présences discrètes
Autour de leurs formes concrètes,
Mes peines qui déclinent
Quand sont effleurées mes narines
Par le parfum des roses,
C'est la complicité des choses...

(Marseille, dans ma chambre de Bois-Lemaître, février 1970)
"Le Sentier des Cantilènes, éd. Amalthée - Nantes

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Mars 2010
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur OverBlog - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés