Samedi 25 juillet 2009 6 25 /07 /2009 10:13
Retour en arrière cette fois, avec deux poèmes de jeunesse fort différents : celui qui suit a été écrit deux ans après les évènements de mai 1968. Bien que j'aie mis beaucoup d'eau dans mon vin depuis l'époque où j'ai écrit ce poème de révolte face à la masse bien-pensante et veule des bourgeois, j'ai conservé ce texte comme témoin de ce temps-là... et aussi parce qu'il ne manque pas de puissance !
Et quand je vois la tournure que prend la société actuelle, je ne renie rien.

A EN CREVER DE RIRE !...

Voyez-les se vautrer dans leur fange puante,
Ces porcs !
Voyez s'aggiutiner cette masse mouvante
D'honnêtetés sans envergure,
Cette tourbe avachie dans sa morne habitude,
Ces morts
Qui feignent d'exister, cachant leurs turpitudes
Pour se donner bonne figure !

Voyez-le, ce troupeau : mais où sont donc les hommes
Qui pensent ?
Je ne vois pour ma part que des larves, en somme,
Qu'il convient mieux de mépriser...
Voyez le beau tableau de ces générations
De panses
Assoupies et repues sur leurs masturbations
De petits bourgeois épuisés !

Ces cochons sont sereins : leur casier judiciaire
Est vierge,
Mais ils sont saturés de pensées ordurières
Qu'ils n'osent même s'avouer ;
Et pour leur garantir une bonne conscience,
Des cierges
Répandent de l'encens sur leur déliquescence
Et sur leurs règles bafouées.

Ils suivent les chemins de leur si positive
Raison
Qui les mène en douceur à l'issue décisive ;
Et l'heure venue ils expirent,
Et ils vivent leur mort sans changer leurs façons,
Les cons,
Jusque dans leur cercueil, selon les convenances...
Ils me feront crever de rire !

(Marseille, mai 1970)
"Le Sentier des Cantilènes", éd. Amalthée - Nantes

Celui-ci en revanche, est beaucoup plus conforme à ma "production" de l'époque. Mélancolique, il témoigne du sentiment de solitude que je ressentais souvent alors et il pressentait aussi un tournant de ma vie avec la conscience de la fin de l'adolescence. Je me souviens l'avoir écrit dans la chambre à l'étage de la maison de La Couronne un samedi soir, à la bougie, pendant une panne d'électricité !

DOUCE SOLITUDE

J'ai suspendu ma nuit à des milliards d'étoiles
Aux jardins défendus de mon adolescence,
Et puis, sur un matin, j'ai relevé le voile
Et j'y ai entrevu de la magnificence...

Cette aurore baignée aux heures de jouvence,
Je tâcherai d'en faire une éternelle enfance
Et j'irai parcourir les terres d'innocence
En me laissant porter au vent des souvenances.

Tout ce que les regrets endormis au soleil
M'ont laissé d'amertume en guise d'au revoir,
L'immense solitude accueillant mon éveil,
Sont coquilles brisées aux plages de l'espoir.

Ayant pris désormais la route sans remords
Vers d'autres lendemains où je suis exilé,
Je crois n'avoir gardé comme seul passeport
Que l'accent des pêcheurs ramenant les filets...

(La Couronne, janvier 1971)
"Le Sentier des Cantilènes", éd. Amalthée - Nantes

 

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