Lundi 17 août 2009
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Me voilà rentré d'un nouveau séjour en montagne. Et celui-là a
été bien rempli !
Entre autres ascensions diverses et variées comme le Pas des Aupillous et la Pointe des Boeufs rouges par l'arête nord, j'ai eu la
chance d'effectuer la célèbre et prestigieuse escalade du Grand Pic de la Meije suivie de la traversée des arêtes. Cette course magnifique qui m'a été en fait offerte par mes ami(es) et collègues
de travail lors de mon départ à la retraite en septembre 2007 mais que je n'ai pu réaliser que cette année, est à ce jour la plus belle de ma très modeste "carrière alpine".
Le long poème qui suit est en quelque sorte le récit, pas à pas, de cette superbe traversée. Les alpinistes, qu'ils aient ou non
gravi ce fier sommet, sauront bien de quoi je veux parler au fil des vers ; pour les profanes, qu'ils sachent simplement que les noms étranges qui jalonnent ce texte sont autant de passages
"historiques", consacrés par des générations de montagnards.
L'antépénultième quatrain, quant à lui, est un hommage aux pionniers qui ont effectué la première ascension du Grand Pic, en
aller-retour et sans poser de rappels, le jeune Emmanuel Boileau de Castelnau et Pierre Gaspard, dit le "Père Gaspard", guide de Saint-Christophe-en-Oisans, et son fils, le 16 août
1877.
A noter que la première traversée des arêtes fut effectuée en sens inverse, d'est en ouest, par les Autrichiens Ludwig Purtscheller,
Emil et Otto Zsigmondy le 26 juillet 1885. Le passage de la "Brèche Zsigmondy" était alors plus facile que de nos jours (les câbles toutefois facilitent grandement l'affaire !) mais cela n'enlève
rien à l'immense mérite de ces grands anciens.
Lorsque l'on gravit la Meije et tout au long de la traversée des arêtes, on ne peut s'empêcher de penser avec respect à ces
vaillants précurseurs.
A mes fils Charles et Rémi, également alpinistes,
A mes ami(e)s,
A Frédéric Jullien, Guide de Haute-Montagne.
MEIJE
Partis un beau matin depuis Peyrou d'Amont,
Nous avons tout d'abord gravi les Enfétchores,
Et tandis qu'au-dessus se dressaient les grands monts,
Je cheminais, pensif, et je doutais encore...
Le rêve si longtemps caressé en secret
Prenait corps cette fois sur les pentes de neige
Et bientôt, sous la gifle d'un vent aigrelet,
Nous avons enjambé la Brèche de la Meije.
Par des rochers branlants nous sommes descendus
Vers le hâvre accrocché aux flancs du Promontoire,
Et nos espoirs alors vers le sommet tendus,
La nuit s'esp peuplée de songes prémonitoires...
Quand le réveil sonna quatre heures du matin,
J'ai avalé, fébrile, un café insipide
Et, encore endormi, encordé au destin,
J'ai fait les premiers pas sur le chemin du vide.
J'ai passé à tâtons l'épreuve du Crapaud
A la faible lueur de ma lampe frontale,
Y laissant, je crois bien, quelques lambeaux de peau,
A étreindre trop fort l'amante verticale !
Un peu plus haut, toujours enveloppé de nuit,
Est apparu le Campement des Demoiselles,
Mais je n'y ai croisé que leur ombre, et le bruit
Feutré d'un gros choucas me frôlant de son aile.
Puis, dans l'obscurité du Couloir Duhamel,
Nous avons contourné le Grand Gendarme Jaune,
Et lorsque s'empourprait et s'éclairait le ciel,
Les dieux, sur les sommets, nous toisaient de leur trône...
Après la Pyramide Duhamel, le jour
A réchauffé nos coeurs et chanté dans nos têtes ;
La Muraille Castelnau gravie sans détours,
La journée tout à coup prenait un air de fête.
Le Dos d'Âne franchi, je ne doutais de rien,
Mais j'ai dû peu après livrer rude bataille
Pour escalader la Dalle des Autrichiens ;
J'ai pensé au défi... et qu'il était de taille !
Durement échaudé, devant le Pas du Chat
Je n'ai guère montré une grâce féline,
Mais au Glacier Carré je savais que, déjà,
Mon sang avait charrié beaucoup d'adrénaline !
Nous étions encor loin des "Horizons Gagnés",
Et sur le dos rétif du fringant Cheval Rouge
Je croyais voir toujours la cime s'éloigner
Au-dessus des à-pic où tout tangue et tout bouge...
Mais, un dernier effort, et enfin le sommet
Du Grand Pic a daigné nous accorder victoire
Et, le monde à nos pieds, j'ai gravé à jamais
Dans mon coeur cet instant de bien modeste gloire.
Poutant la Meije n'avait pas encore dit
Son dernier mot : il fallait gravir les arêtes,
Atteindre tout d'abord la Brèche Zsigmondy
Pour pousser sur le ciel cette porte secrète.
Un rappel aérien en pleine face nord
Nous y fit prendre pied, et parcourant les câbles
Accrochés sur un vide à hurler à la mort,
Le bal s'est poursuivi sur l'à-pic insondable.
Nous avons traversé ainsi toutes les dents,
Funambules de roc entre glace et lumière,
Entre l'ombre inquiétante et le soleil ardent,
Et mon coeur battait fort sur cette âpre frontière.
Enfin, sur la toile de fond brillante du ciel bleu,
Nous nous sommes dressés dans un élan ultime
Au-dessus de l'index pointé du Doigt de Dieu,
Et j'ai remercié le Grand Seigneur des Cimes.
Par un dernier envol par-dessus la rimaye,
Nous nous sommes posés sur le dos débonnaire
Du haut du Tabuchet où nos pas désormais
S'accomodaient soudain de pentes moins sévères.
Et je songeais alors au courage sans fard
Des anciens qui, jadis, ont ouvert cette route :
Au jeune Castelnau et au Père Gaspard,
Et bien d'autres encor, qui furent grands, sans doute.
Mais j'ai pensé aussi à ceux qui sont tombés,
Emportés par l'élan fougueux de leur jeunesse
Et aux guides, aussi, par la Meije happés,
Victime de leur fière et jalouse maîtresse...
Et puis, lorsqu'arrivés sous l'éperon étroit
Du Refuge de l'Aigle, une autre récompense
S'offrit à mes regards comme un cadeau de roi :
Mes deux fils m'attendaient ; ma joie était immense !
(Ailefroide, massif des Ecrins, le 12 août 2009)
Poème inédit
Et cette grande journée m'a inspiré d'autres vers, ainsi cet acrostiche et les deux haïku qui suivent :
Montrant de son index le Royaume de Cieux
Elle désigne ainsi la voie qui mène à Dieu ;
Il faut pour la gravir une audace modeste :
Je ne suis pas certain de l'avoir eue, du reste,
Et que mon orgueil rampe au pied de ces hauts lieux
!
(Ailefroide, le 15 août 2009)
Les chemins de rocaille
les rudes batailles
dissipent la grisaille
(Ailefroide, le 14 août 2009)
Ecrins et Meije
Ailefroide et Pelvoux
Dôme de Neige,
Gloire à vous !
(Ailefroide, le 16 août 2009)
Textes inédits