Jeudi 20 août 2009
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Poursuivons notre voyage poétique le long de cette diagonale (appelée aussi
parfois "diagonale du vide" car on y traverse souvent des zônes peu peuplées) pour nous attaquer à la traversée du Massif Central qui m'a réservé quelques rudes moments !
11) 18 juillet 2004 : Lamastre, camping de Retourtour, 20 h 10
Accroché aux pentes escarpées,
Rabougri, le vieux pin aux formes estompées
Dans la brume du petit matin
Elance le défi d'un combat incertain.
C'est un chant de l'espoir qu'il entonne,
Hurlant sa soif de vivre au ruisseau qui chantonne
Et protégeant l'oiseau qui frissonne...
(Celui-ci - il est un peu bizarre avec son alternance d'alexandrins et de peu académiques vers à neuf pieds ! - a été inspiré par la vision d'un pin solitaire, torturé, sur les pentes du Col de
la Rouveure, comme un symbole de la rude et âpre Ardèche. Mais là non plus, je ne prétends pas faire du Lamartine !...)
12) 19 juillet 2004 : Sainte-Sigolène, Auberge du Moulin, 21 h 35
Si je suis arrivé dans cet endroit perdu,
Ignoré du Seigneur,
Grâces à mes mollets, c'est aussi que j'ai dû
Oublier mes douleurs,
Laisser sur le côté du chemin le vieil homme
En invoquant la Sainte et osant la prier,
N'en déplaise au Bon Dieu et aux anges, en somme,
Et la chercher en vain dans le calendrier !
(J'ai écrit ce poème blasphématoire dans un coin perdu de la France profonde après le franchissement de moult vallonnements redoutables pour les mollets. Que tous les Saints et les Anges et tous
les Elus, ainsi que le Christ, la Sainte-Vierge et Dieu le Père Lui-même, daignent me pardonner ce sacrilège !)
13) 20 juillet 2004 : Usson-en-Forez, camping municipal, 16 h 10
Faù per mi fatiga de màrri draiounas
O, per m'escagassa, de rudo caminas !
Rigaù et perdigaù acoumpagnon mei pas
E li nueio et li jour passon coume un pantai...
Zou ! Davans lou souleù, deman m'en anarai !
Il faut pour me fatiguer de bien méchants sentiers
Ou, pour m'abattre, de rudes et mauvais chemins !
Rouges-gorges et perdrix accompagnent mes pas
Et les nuits et les jours passent comme un rêve...
Allons ! Au-devant du soleil, demain je m'en irai !
Après ce premier essai "en lengo nostro", c'est à plat ventre que j'implore le pardon de tout le Félibrige !)
14) 21 juillet 2004 : Ambert, snack de la piscine, 12 h 30
Le temps a passé comme un charme,
Il a tout emporté, les rires et les larmes,
Visages d'ombres et de lumière
Ressurgissent parfois, et nos vaines prières
Appellent à leur souvenir.
Des rayons de soleil succèdent à l'orage,
On regarde vers l'avenir,
Illusoire espérance à l'instant du naufrage
Sur les écueils du devenir...
(Un petit coup de "blues" m'a inspiré ce poème beaucoup plus conforme à mon style habituel. Le premier vers est un plagiat, mais je me rattrape ensuite ! Ce texte mélancolique reprend le thème
de la fuite du temps, récurrent chez moi...)
15) 22 juillet 2004 : Saint-Dier d'Auvergne, en pleine nature, 19 h 30
Apres sont tes chemins et rudes sont tes bosses,
Un air d'Occitanie, parfois un air d'Ecosse,
Vagabondent en choeur au flanc des vieux volcans
Et j'use mes mollets, et le corps souffre quand
Remonte le sentier, une côte après l'autre ;
Gergovie n'est pas loin, et la victoire est nôtre :
N'importe la fatigue et les muscles de pierre,
En descendant des monts j'oublierai mes misères !
(Une des plus sévères étapes à travers le rude pays arverne m'a inspiré ces vers rédigés sous la tente, alors que dehors se déchaînait une véritable tempête mêlée de pluie et de grêle !)
16) 23 juillet 2004 : Clermont-Ferrand, hôtel
Baladins, 23 h
Gaulois, vos pères s'illustrèrent
En ce haut lieu de votre terre,
Regardez monter dans la plaine,
Grossir les légions romaines !
Ombre immense au-dessus des monts
Vercingétorix veille encor :
Il se dresse devant Clermont
Et monte la garde des morts !
(Le site de Gergovie où je suis passé avant de descendre sur Clermont-Ferrand est un de ces "lieux où souffle l'esprit" comme l'a écrit Barrès dans La Colline Inspirée. Il n'a pas
manqué de m'inspirer aussi !)
17) 24 juillet 2004 : Pontaumur, restaurant de Lyon, 22 h 15
Génies, spectres, démons et autres revenants,
Ombres des trépassés surgissant du néant,
Un infernal ballet danse dans les clairières :
Les lutins facétieux chevauchent les sorcières
Et le Bouc qui préside à l'horrible sabbat
Sourit en célébrant les noces du Très-Bas !
(Les sombres bois au petit matin, du côté du Col des Goules au nom évocateur, m'ont inspiré ces vers : j'ai cru voir un moment le célèbre tableau de Goya !...)
18) 25 juillet 2004 : Aubusson, camping
municipal, 17 h 10
C'est la France profonde où je suis à présent,
Rustique et sans façons, celle qui sent la bouse
Et le bon crottin frais, celle des paysans ;
Un pays laborieux, une terre jalouse,
Ses chemins odorants sont les chemins d'antan
Et se perdent souvent dans les mailles du temps...
(Dans certains coins de la Creuse, département peu connu de mes compatriotes méridionaux, on a parfois l'impression de voyager hors du temps. Même Aubusson où je faisais étape, était totalement
désert ce dimanche !)
19) 26 juillet 2004 : Saint-Vaury, camping
municipal, 20 h 35
Grandes son los espacios y las sendas de paz
Una llama de luz y un rayo fugaz
Estella de esperanza a la cara de Dios
Romero que persigue las fuentes de los rios
Esperando en la vida y sonriendo a la muerte
Testigo inmortal de buena y mala suerte
(Allez donc savoir pourquoi Guéret m'a inspiré un texte... en espagnol ! Peut-être la solitude de certains lieux...
Traduction :
Grands sont les espaces et les sentiers de paix
Une flamme de lumière et un rayon fugitif
Sillage d'espérance à la face de Dieu
Pèlerin qui poursuit les sources des rivières
Espérant dans la vie et souriant à la mort
Témoin immortel de bonne et mauvaise fortune
Pour ce poème un peu surréaliste comme le sont souvent ceux de la littérature moderne hispanique, j'ai préféré ne pas mettre de ponctuation afin de laisser plus de liberté à l'imagination,
mais là aussi, j'implore le pardon d'Antonio Machado, Juan Ramon Giménez, Miguel Angel Asturias, Federico Garcia Lorca, Miguel de Unamuno et de tous les poètes espagnols que j'oublie, ainsi bien
entendu que de l'immense Cervantes !)
Hasta luego, si Dios lo permite...