Vendredi 21 août 2009 5 21 /08 /2009 11:53
Terminons aujourd'hui cette longue randonnée à travers la France le long de sa plus grande diagonale. Les principales difficultés du parcours sont maintenant derrière nous, avec la traversée des Alpes et celle du Massif Central, et l'on va déboucher sur les plaines du nord-ouest de notre pays pour arriver enfin aux côtes vivifiantes de la Bretagne. Ce beau et sportif voyage restera un de mes très bons souvenirs de randonnée itinérante à VTT, et j'ai le projet de réaliser dans l'avenir toutes les autres diagonales de notre bel hexagone !

20) 27 juillet 2004 : Lussac-les-Eglises, Café-Restaurant des Sports, 16 h

Son nom évoque le mystère
Ou l'étrangeté des lieux solitaires,
Une ombre qui se glisse au fond d'un cimetière
Tandis que les terreurs sortent de leur tanière...
Etrange cité où, près de l'église,
Reluit la lanterne des morts.
Ricanant sous la brise
Apre des jours de mauvais sort,
Il plane en ces lieux d'étranges chimères
Nées d'ancestrales peurs et de l'imaginaire,
En surgissant de l'envers du décor...

(Le curieux nom de La Souterraine, dans la Creuse, m'a toujours intrigué... Et il est vrai que l'endroit est étrange !)


21) 28 juillet 2004 : Poitiers, Hôtel Terminus, 21 h 50

Preux chevaliers françois combattirent icy,
Oncques ne l'oublierons, moult y furent occis ;
Impitoyablement par Charles le Martel
Terrassées ont été les hordes infidèles.
Il plut à Dieu qu'icy l'étendard des Chrétiens
Evinçat de nos cieux celuy des Sarrazins.
Rendons grâces toujours au Seigneur Tout-Puissant
Si nos pères, jadis, ont payé de leur sang.

(Etant passé tout près de l'endroit supposé de la célèbre bataille de 732, voici encore un poème "historique" : que Rutebeuf à son tour daigne me pardonner mon "vieux françois" de cuisine !)

22) 29 juillet 2004 : Parthenay, camping du Plan d'Eau, 17 h

Guérets, bois et bocages
Alternent dans le paysage,
Taillis et chaumes desséchés,
Ilôts sur les étangs cachés,
Nénuphars dormant sur les mares,
Et larguons les amarres !

(Petit acrostiche très simple, suite de visions rapides à travers le paisible paysage gâtinais)

23) 30 juillet 2004 : Pouzaugues, camping municipal, 14 h 35

Venus du fond de leurs sombres cachettes,
Entonnant la chanson de Monsieur de Charette,
Ne craignant que Dieu, se levaient les Chouans
Derrière les murs et les haies des champs.
Et le Père Grégoire avait pris son fusil,
Et Cadoudal jurait par Saint-Denis !

(L'arrivée en Vendée - même si ni Cadoudal ni les Chouans n'étaient Vendéens, mais c'était une question d'ambiance ! - m'a a nouveau soufflé des vers "historiques". A noter que je fais référence à deux chansons royalistes : "Monsieur de Charette" et "Prends ton fusil, Grégoire").

24) 31 juillet 2004 : Camping de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, 16 h 20

M'en allant sur la route de Nantes
Où sont belles et franches galantes,
Ne puis mais chasser de ma mémoire
Tel refrain de gaillardes histoires...
Au détour de quelque frais bocage
Il s'est perdu plus d'un pucelage,
Gentes dames et jolis garçons,
Unis dans la Digue et Jeanneton !

(Ce petit poème grivois m'a bien évidemment été inspiré lors de ma traversée de Montaigu où m'est revenue à l'esprit la célèbre chanson...)

25) 1er août 2004 : Port de Pornic, 13 h 15

Rayons ardents des feux du premier août,
Eclairs des soirs d'orage, averse et grêlons,
Tous les coups de tabac ai croisé sur ma route,
Zéphyrs et sirocco, mistral et aquilon !...

(Ce petit poème écrit en cours de route, sous un soleil de plomb assez inanttendu pour mon arrivée en Bretagne dans le Pays de Retz, évoque toutes les intempéries rencontrées en chemin.)


26) 2 août 2004 : Le Cormier, 23 h 25

C'est à la pêche aux crevettes
Ou aux palourdes qu'ils vont,
Remplissant leurs épuisettes,
Marchant courbés vers le fond :
Ils ont tous le cul en l'air
Et arpentent l'estuaire,
Râtissant coques et praires.

(C'est au cours d'une journée de repos - la seule du parcours ! - au Cormier près de Saint-Brévin, chez ma belle-mère, que j'ai écrit ce petit poème : j'ai été très surpris et amusé en regardant l'activité favorite des gens d'ici, et des touristes, qui consiste à chercher des coques ou autres fruits de mer à marée basse, le dos courbé sur le sable de l'estuaire de la Loire ; à perte de vue, on ne voit que des centaines de fesses en l'air!)

27) 3 août 2004 : Camping du Moulin de Cadillac, près de Noyal-Muzillac, 18 h

Bonne route, et adieu aux plages du Cormier !
Rudes sont les chemins menant au Finistère,
Il est temps de gagner ces rivages austères,
Et je vois l'oasis, j'entrevois les palmiers,
Rêve insensé au fond de ce marais sauvage,
Etonnante splendeur d'un étrange mirage !

(Pendant la difficile traversée des marais de la Brière, je me suis paradoxalement senti dans la peau du Touareg qui approche de l'oasis : c'est que j'approche aussi de la fin de mon voyage, je ne suis plus qu'à deux jours de Brest !)

28) 4 août 2004 : Meslan, Hôtel du Vieux Puits, 18 h 35

Me voici presque au bout de cette longue route ;
Oublié les moments de fatigue et de doute,
Remballées, les douleurs, quand le but se profile :
Brest est à ma portée, j'entrerai dans la ville,
Il me tarde de voir le soleil s'y coucher !
Hardi ! demain le ciel pourra bien se fâcher,
Aucune intempérie ne saurait m'arrêter
Ni briser mon élan : le sort en est jeté !

(C'est l'euphorie : j'ai traversé le Morbihan comme à l'assaut et il est vrai que peu de choses pouvaient désormais m'empêcher d'atteindre mon but, les accents martiaux de ce poème en témoignent !)

29) 5 août 2004 : Brest, 6 rue Amiral d'Estaing, chez Magali, 23 h 30

Bravant tous les soleils et tous les ciels d'orage,
Rassasié d'horizons et de terres sauvages,
En chemineau discret j'ai conduit mon errance
Seul, pensif, et rêvant sur les chemins de France ;
Tout m'appelle à présent vers d'autres paysages...

(C'est la fin du voyage ; ce long parcours solitaire a été une patiente méditation à travers la diversité des paysages et des ambiances traversés, malgré l'intense effort physique qu'il a exigé de moi. Il m'a ouvert encore de vastes horizons !)

Et pour conclure, voic deux haïku que j'ai écrits pendant les 5 jours que j'ai passés chez ma fille à la fin de ma traversée, le premier après que, pour parfaire le parcours de la "diagonale", j'aie poussé jusqu'au Conquet en aller-retour - et sous une pluie battante ! - le second la veille de mon retour à Peyrolles, comme u au revoir à Magali...

Adieu la pluie
et le rire des mouettes
adieu les nuits
de tempête

(Brest, le 9 août 2004)

Je n'ai pas oublié
tes sourires d'enfant
j'ai prié
souvent

(Brest, le 10 août 2004)

Tous les textes des trois derniers articles sont inédits.





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