Lundi 24 août 2009
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Après une semaine passée à Peyrolles à pester contre la canicule qui sévit ici depuis trop de temps, je me suis à nouveau
échappé vers le fraîcheur des sommets pour aller gravir le Mont Clapier, dans le massif du Mercantour, en compagnie de deux de mes comparses habituels, Colette et Robert. Un modeste "3000", le
plus méridional des Alpes régnant au-dessus d'un impressionnant amoncellement de caillasses heureusement égayé par de nombreux lacs.
Le sommet ne nous a guère récompensé de nos efforts, car nous l'avons atteint dans le brouillard, et la vue, réputée très belle depuis ce piédestal, nous a été
refusée. Mais de toutes façons, être en montagne, quelles que soient les conditions, suffit à mon bonheur!
Commençons donc par ce haïku écrit dans la soirée, au refuge...
Royaume de caillasses
on transpire et l'on passe
sans laisser de traces...
(Refuge de Nice, 2232 m, haute vallée de la Gordolasque, le 22 août 2009)
Haïku inédit
Et poursuivons par ce poème écrit il y a un peu plus de quatre ans alors que je m'interrogeais sur les motivations qui poussent
l'alpiniste vers les sommets, parfois au péril de sa vie.
L'APPEL DES CIMES
Qui conduit nos pas vers les hautes cimes,
Pour quel besoin d'inutiles victoires
Partons-nous si tôt côtoyer l'abîme,
Sur quels horizons d'éphémère gloire ?
Pourquoi risquons-nous parfois notre vie
Sur tant de sommets tant de fois gravis,
Quelle vanité, ou bien quel panache,
Nous fait avancer quand le ciel se fâche ?
Peut-être avons-nous gardé dans le coeur
Malgré les années des restes d'enfance,
Et c'est cet cet orgueil, ou cette candeur,
Que nous emportons avec insolence...
Ou bien le soleil brille-t-il plus fort
Lorsqu'on tend vers lui des heures d'effort,
Et la vie palpite avec plus d'ardeur
Quand la volonté prend de la hauteur.
(Peyrolles-en-Provence, le 18 février 2005)
"Alchimies", éd. La Société des Ecrivains - Paris)
Il y a longtemps que je n'ai plus associé mon grand-père, Francor-le-Poète, à ces pages de mon
"Coin de Toile".
Je vais lui rendre cette justice avec ce poème qu'il avait écrit sur une catégorie de gens
dont il ne semblait pas bien comprendre les motivations, à savoir les randonneurs et alpinistes de tout poil...
Qu'aurait-il pensé - et écrit - s'il avait su que son petit-fils s'adonnerait à ces bizarres
et dangereux passe-temps ?
L'EXCURSIONNISTE MARSEILLAIS
Parlez-moi, lorsque vient l'été
D'un cabanon bien abrité ;
Joueurs de cartes, pétanqueurs,
Jeunes femmes au regard rieur
Ont la joie plein le coeur.
L'excursionniste va très loin
Pour dénicher quelque bon coin,
Et le matin, dès son réveil,
Alors que tout est en sommeil,
Il court vers le soleil.
Refrain :
Sur son dos une giberne,
Il dédaigne les tavernes ;
Filant d'après la direction du vent
Au nord ou au levant,
Quand le soir au clair de lune
Chacun serre sa chacune,
Lui, des aiguilles il prend la photo...
Et trouve ça rigolo !
A Marseille ayant vu le jour,
On aurait cru que ses amours
Le porteraient sur les flots bleus
Vers les rivages bienheureux
De pays merveilleux ;
On l'aurait très bien vu marin
Plutôt que modeste biffin,
Et cependant, c'est reconnu,
Le dimanche, les jambes nues,
Il part vers l'inconnu !
Refrain
Sur son dos une giberne,
Il descend dans les cavernes
Des Demoiselles ou de Padirac,
Des trucs qui donnent le trac...
Certains aiment les belles petites,
Lui, préfère les stalactites,
Il laisse tomber la plus jolie des filles
Pour les os d'un fossile !
Les jours d'hiver, par les grands froids,
Alors qu'on est si bien chez soi,
Lorsque le vent souffle si fort
Qu'on mettrait pas un chien dehors,
Lui, malgré tout, il sort !
Il va grimper sur des sommets
Où des Chrétiens n'iraient jamais,
Sous sa toile de campement
Il s'allonge béatement
Et s'endort calmement !
Refrain
Toujours avec sa giberne,
Sur un glacier il hiverne,
Sur la neige il avance et recule,
Puis tombe sur son cul !
Pour franchir un précipice
Il fait de la corde lisse,
Moi, parlez-moi d'aller excursionner
Dans des draps festonnée !
FRANCOR
(Marseille, septembre 1949°
Inédit
Et puis, pour conclure, dans un autre domaine de l'Altitude, une sorte de prière rédigée
il y a quelques jours, le soir, alors que je regardais les photos de notre ascension à la Meije, et que je méditais devant une vue de l'impressionnant "Doigt de Dieu"...
TRINITE
Je prie tous les grands saints, mais surtout Dieu le Père,
Créateur de tout l'univers,
De protéger les miens, et moi, sur cette terre,
Au seuil de mon hiver.
Je prie la Sainte-Vierge, et plus encor le Fils,
Qui, par Son sang versé, a racheté nos fautes,
De pardonner aussi mes péchés et mes vices
Pour que je puisse un jour prétendre être Son hôte.
Et pour mon âme enfin et son salut, je prie
Les Chérubins et tous les Anges
D'intercéder pour moi auprès du Saint-Esprit
En chantant mon espoir, ma joie, et ma louange !
(Peyrolles-en-Provence, le 19 août 2009)
Poème inédit