Mercredi 26 août 2009
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Quand j'étais jeune, mon père, hélas disparu trop tôt, me disait souvent en secouant la tête d'un air désabusé, de sa voix grave
qui ressemblait un peu à celle de Raimu et dont il avait volontiers les inflexions emphatiques : "Toi, tu n'es
pas Marseillais !".
En effet, j'étais peu bavard, je n'aimais guère jouer aux boules, passer de longues heures à la pêche, je n'appréciais pas plus les
longs apéros à l'ombre d'une tonnelle, je n'aimais ni les coquillages ni l'aïoli, et... détestais faire la sieste !
Depuis, j'ai appris à savourer ces petits bonheurs de la vie et je ne crache pas sur ces plaisirs simples, mais cela étant, je ne
corresponds pas du tout à l'image que l'on se fait d'habitude du Provençal en général et du Marseillais en particulier.
Mais on sait ce que valent les clichés !
Alors, je veux rendre hommage aujourd'hui à ma terre natale qui n'est pas seulement ce doux pays de farniente peuplé de gens
joviaux, galéjeurs, désinvoltes... et un peu paresseux !
Voici donc deux textes très différents sur la "terro nostro" :
A MOUN PAÏS
J'ai vu le jour sur cette terre où coulent le miel et le vin,
Où danse le vent dans un ciel divin,
Où l'on entend chanter la pierre et lui répondre le soleil
Qui donne la vie et des fruits vermeils ;
Une terre bénie des Dieux, douce et tendre comme une mère,
Mais farouche aussi, jalouse et sévère.
Celle de la montagne aride aux herbes brûlées des étés
Et du vent glacé des hivers bleutés,
Celle qui prend souvent des airs des rudes terres d'Aragon,
Du Guadalquivir, Castille ou Léon ;
Terres des hommes secs et bruns et des femmes au regard sombre,
Terre où l'on bénit la fraîcheur de l'ombre
Et où l'on maudit le mistral quand il souffle sur les collines...
J'aime ton goût de sel et tes senteurs marines,
Ton peuple qui parle fort
Et qui noie dans un flot abondant de paroles
Sa pudeur, et ses efforts
Pour vous faire croire à des airs frivoles...
Je suis de ce vieux terroir
Où traînent toujours dans les herbes folles
Des millénaires d'histoire.
(Peyrolles-en-Provence, le 20 janvier 2005)
"Alchimies", éd. La Société des Ecrivains - Paris
Le texte qui suit a été écrit au retour d'une randonnée dans les Calanques, entre Marseille et Cassis. C'est sur ce magnifique
terrain de jeu que j'ai fait mes premiers pas d'alpiniste, et je lui devais bien ce poème :
CALANQUES
Du côté de Cassis ou de Marseilleveyre
Vous dressez sur la mer, altières sentinelles,
Une garde de fer, vigilante et sévère,
Tendues vers le soleil, comme des citadelles.
Les arêtes bleutées ciselées par le vent
Dominent des vallons secrets et solitaires
Qui deviennent l'été des enfers étouffants
Où s'embrasent en choeur tous les feux de la terre ;
Et le mistral, l'hiver, mène un bal de sabbat,
Balayant les hauteurs des crêtes de Puget,
Où chaque touffe d'herbe est un âpre combat,
Menant pour sa survie une lutte enragée,
Où les pierres aussi semblent être affligées...
J'ai gravi vos sentiers , vos raides éboulis,
Escaladé l'à-pic de vos hautes falaises,
Parcouru des chemins d'illusion et d'oubli,
Grelotté dans le vent, sué dans la fournaise,
J'ai eu peur bien souvent, cramponné au rocher,
Et j'ai étreint la vie avec exaltation,
Mais j'ai ri encor plus d'avoir pu étancher
La soif de ma jeunesse au fruit de ma passion.
(Peyrolles-en-Provence, le 30 janvier 2005)
"Alchimies", éd. La Société des Ecrivains - Paris
Et Francor lui aussi, a célébré sa terre natale par ce poème enthousiaste qu'un félibre aurait volontiers traduit dans la langue de Mistral...
SALUT, PROVENCE !
O ! Provence, terre chérie,
Sous ton ciel, que l'on est heureux !
Ton décor, pure féérie,
Est un Eden pour les amoureux ;
Ils aiment gravir les collines
Sentant bon le thym, le romarin,
Ils aiment les vagues câlines
D'une calanque emplie d'air marin.
Accompagnés du chant des cigales
Les mots d'amour semblent plus doux ;
Quand le mistral souffle en rafales,
Les tendres amants
Font des serments
Un peu plus fous.
Des verts taillis
Un gazouillis
Joyeux s'envole,
Toutes les fleurs
Ouvrent le coeur
De leur corolle.
Les tambourins,
Bien en cadence,
Jouent une danse
Pleine d'entrain ;
Sur les chemins,
Garçons et filles,
Les yeux qui brillent,
Main dans la main,
Font en chantant
La farandole
Joyeuse et folle,
Ils ont vingt ans !
Salut ! pays béni de mon enfance,
Chère Provence,
Mon beau pays,
Salut ! Salut ! Mon beau pays !
O ! Provence, ruche féconde,
Où butine un immense essaim
Venu des cinq parties du monde
Pour y former de puissants desseins ;
Sur les flots, aux champs, à la ville,
Chacun accomplit son dur labeur
D'une âme sereine et virile,
Créant ainsi sa part de bonheur.
Géants des mers, barques légères,
Hardis marins, pêcheurs joyeux
S'en vont glissant sur l'onde amère
Travailler au loin,
Leur seul témoin
Est le Bon Dieu.
Dans les labours
Au point du jour
Le paysan sème
A la volée
L'orge et le blé,
Le seigle même ;
Magnaniers,
Magnanarelles
La soie révèlent
Sous les mûriers ;
Auteurs, acteurs,
Hommes de lettres,
Illustres maîtres,
Savants docteurs,
Portent bien haut
Ta renommée,
Provence aimée,
Divin flambeau !
Salut ! Salut ! Pur joyau de la France,
O ma Provence ,
Mon beau pays,
Salut ! Salut ! Mon beau pays !
FRANCOR
(Marseille, juillet 1950)
Inédit