Vendredi 23 octobre 2009 5 23 /10 /2009 20:18
La dérive des contingences...

J'ai souvent été surpris et fasciné par les cheminements étranges et inattendus de la pensée au cours d'une discussion sans thème préalable.
Ainsi, alors qu'on était parti, par exemple, sur un débat à propos de la dernière intervention télévisée du Président de la République, on pouvait très bien se retrouver quelques minutes plus tard à disputer des mérites comparés du lévrier afghan et du teckel à poil dur !
 J'exagère à peine.
Il nous est arrivé maintes fois entre amis d'essayer de comprendre comment "on en était arrivé là", et de tenter de remonter le cours du temps à la recherche des hasards de cette errance dialectique...
Mais s'agit-il bien de hasards ?
Chaque fois que l'une ou l'un d'entre nous orientait la discussion sur de nouvelles voies, c'était pour des raisons diverses, qui auraient pu aboutir ou non à ces nouvelles voies, en ouvrir d'autres, ou clore la discussion.
Toujours est-il que dans ces échanges informels il est bien rare de suivre rigoureusement un fil directeur, et bien malin qui pourra prévoir la conclusion de ces forums mouvants, à supposer d'ailleurs qu'il y en ait une !
Dans le texte qui suit, je vais volontairement - mais le jeu est déjà faussé par cette volonté elle-même - me livrer à une "dérive poétique", dans l'esprit de celles qu'affectionnaient les situationnistes des années 70...
J'ai délibérément construit ce poème avec des vers d'une métrique inhabituelle, de 11, 10 et 9 pieds mais qui reviennent dans le même ordre après chaque série de 9, pour accentuer ce caractère apparemment irrationnel du cheminement de la pensée.

LA PLUME A LA DERIVE

Il était question d'un chemin de traverse
Qu'on avait suivi, puis qu'en sens inverse
Nous tentions en vain de retrouver...
Et au hasard de détours et d'errances,
Nous nous égarions dans notre incohérence
Au gré du chant des mots inachevés.
Le courant capricieux des paroles
S'interrompait sur des pensées larvées,
Et puis s'envolait comme une barcarolle...
Nous nous engagions dans des voies sans issue
Où nous étions entrés à notre insu,
On poussait des portes, des fenêtres,
Et l'on faisait beaucoup de courants d'air
Qui nous emportaient au-delà de l'éther,
Puis nous écoutions à nouveau disparaître
Dans le vent nos voix désaccordées...
Qui, du hasard ou du diable, peut-être,
Dirigeait le choeur comme un joueur de dés ?
Mais aucun refrain, aucune ritournelle,
Ni les accords d'aucune villanelle
Ne chantaient sur cette partition ;
Nous repartions chevaucher nos caprices
Sur les chevaux ailés des regards complices,
Et pris au jeu de notre discussion
On dérivait vers d'autres rivages
Où, emportés par notre exaltation,
On se retrouvait à parler de naufrages...

(Peyrolles-en-Provence, le 23 octobre 2009)
Poème inédit

 

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