Mercredi 21 octobre 2009
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J'en conviens, c'est un très mauvais jeu de mots que celui qui sert de titre à cet article!
Mais je suppose que les personnes qui sont affligées de la maladie des yeux à laquelle je fais allusion ont un champ visuel réduit et doivent percevoir des
images assez floues, comme celles que je voyais tout à l'heure à travers les vitres de ma fenêtre !
La pluie qui tombe depuis la fin de la matinée a installé une grisaille sinistre qui n'incite guère à l'expression d'une joie débordante... En ce moment, ce sont
plutôt les ruisseaux qui débordent ! Voici donc un lai - d'habitude ces poèmes médiévaux ont une tonalité plus gaie ! - qui rend assez bien l'ambiance de cette ruisselante
journée...
LE LAI DE L'EAU
La pluie qui goutte et dégouline
Me démoralise et me mine,
Les cyprès griffent le ciel bas
Et le temps s'enfuit sant combat.
La peine glisse sur les vitres
En grosses larmes, et des litres
De désespoir coulent à seaux
Et viennent grossir les ruisseaux.
Le vent gémit sur la détresse
D'un instant noyé de tristesse,
La vie se tait, même mon chien
Semble n'avoir de goût à rien.
La terre a l'air de disparaître,
Je ne vois plus de ma fenêtre
Qu'un monde tout juste ébauché
Sur le fond d'un mauvais cliché.
Et le jour sombre dans les flaques
Ainsi qu'en mer une caraque
Trop chargée irait s'engloutir...
Comme le poids d'un repentir,
Le ciel lourd et les idées noires
Pèsent au seuil du Purgatoire ;
Mais soudain se répand la nuit,
Et le monde crève d'ennui...
(Peyrolles-en-Provence, le 21 octobre 2009)
Poème inédit
Quant au texte suivant, il a été écrit dans des conditions semblables, au cours de la pause de midi il y a près de quatre ans,
dans un restaurant de Rognes alors que j'effectuais un remplacement dans cette ville. J'avais ressenti à ce moment-là une grande sensation de solitude.
TÊTE A TÊTE
En tête à tête avec moi-même
Dans le petit restaurant vide,
J'écoutais les accords liquides
De la pluie sur les heures blêmes...
Je n'avais pas grand appétit
Et l'odeur fade de la pluie
Ressemblait beaucoup à l'ennui
Au creux de mes rêves blotti.
Le vin que j'essayais de boire
Avait le goût de l'amertume
Versée par des nuées de brume
Dans des calices illusoires.
Je sentais ruisseler sur moi
Des torrents de mélancolie
Et le rideau gris de la pluie
Cachait des sourires sans joie.
Avec pour seule compagnie
Mon reflet au fond de mon verre
Et la musique de ces vers,
Je regardais tomber la pluie...
(Rognes, le 2 décembre 2005)
"Alchimies", éd. La Société des Ecrivains - Paris