Samedi 10 octobre 2009 6 10 /10 /2009 10:02
*Attention : les textes contenus dans cet article ne conviennent pas à de jeunes lecteurs.


Voici aujourd'hui une page à la tonalité libertine. Les trois poèmes qui y figurent ont été le résultat d'une sorte de défi que m'avait lancé à l'époque une de mes collègues de travail, sorte de "muse diabolique" à l'origine d'une bonne partie de ces productions à caractère plutôt espiègle.
Le premier m'a été inspiré par un message d'accueil qu'avait écrit la collègue en question sur une de ses messageries électroniques, dans lequel il était question "d'incubo". Ce mot signifie en fait "cauchemar" en italien, langue que ma collègue parle couramment. Or, j'ignorais ce sens et fus à la fois étonné et amusé par ce mot qui désigne en français ces démons mâles censés venir prendre possession - physiquement parlant ! - des femmes pendant leur sommeil. Je n'avais pas manqué de "chambrer" copieusement ma collègue à ce sujet et lui avais envoyé ce poème :


L'INCUBE

Belle endormie,
Qui t'a visitée cette nuit ?
Qui t'a frolée
Dans la pénombre et t'a volé
Quelques baisers,
Et de son aile caressée ?

Etait-ce un ange
Qui t'a fait cette cour étrange,
Ou un démon
Qui passait sans dire son  nom ?
Un rêve rose
Déposé sur tes lèvres closes ?
Un cauchemar
Au regard fourbe et goguenard ?

Mais ton sourire
Ne semblait guère le maudire
Lorsqu'est venu
Se glisser près de ton sein nu
Un peu de lune
Egarée sur ces voies opportunes...

Dieu te pardonne,
La nuit est douce et polissonne,
Rêve toujours,
Rêve ! Demain il fera jour,
Il sera temps
D'oublier l'oeuvre de Satan !

(Peyrolles-en-Provence, le 19 mars 2006)
"Le Pot-au-Feu du Bouc", recueil inédit

Et, bien entendu, l'incube étant un démon mâle venant séduire une femme, il était inévitable que je rédige un texte sur la visite d'un succube, démon femelle venant posséder les hommes ! J'ai commis ce méfait dès le lendemain.

SUCCUBE

Elle est venue doucement se blottir
Au creux d'un songe et j'ai vu son visage
Penché sur moi comme un heureux présage,
Et j'ai senti le rêve m'engloutir.

J'ai entrevu sa blonde chevelure
Enchevêtrée sur d'exquises promesses
En contemplant son sourire d'ogresse
Où je lisais bien de tendres murmures...

Ses yeux fripons brillaient dans mes ténèbres
En m'éclairant du soleil de l'enfer,
Et dans mon coeur s'abîmait l'univers
Dans les tourments d'un vertige funèbre.

J'ai caressé la courbe d'une hanche
Et j'ai voulu retenir l'illusion
Qui s'envolait sur l'aile d'un frisson,
Comme un noyé cramponné à sa planche.

J'ai succombé enfin à la malice
De ses doux yeux et de ses traquenards,
J'ai soutenu un instant son regard,
Et j'ai sombré dans un flot de délices...

(Peyrolles-en-Provence, le 20 mars 2006)
"Le Pot-au-Feu du Bouc", recueil inédit.

Mais ma collègue, après la lecture de ce deuxième texte, ne s'en tint pas là. Assez coquine en l'occurence, elle me dit à peu près, quelque temps plus tard :
"Dis-donc, c'est bien gentil ton poème sur l'incube, mais on ne sait pas ce qu'il lui fait finalement ; on reste un peu sur sa faim...

- Eh bien soit, lui ai-je dit alors, laisse-moi un peu de temps et tu auras la suite, puisque tu y tiens !
"
D'où ce dernier texte de cette "trilogie", nettement plus corsé que les deux premiers... Mais ma collègue l'avait cherché !


SUITE NOCTURNE

L'incube s'approcha de la belle en silence
Et contempla longtemps son corps abandonné
Qui, le drap relevé par quelque inadvertance,
Montrait gracieusement sa cuisse satinée.

Dans ses beaux cheveux blonds il enfouit son visage
Et posa un baiser sur ses lèvres offertes,
Puis il continua son savant badinage
En dégrafant un peu sa chemise entrouverte.

Effleurant de ses doigts la pointe de ses seins
Il fit frémir son corps d'un délicieux tourment,
Sa main s'est égarée vers de tendres desseins
Et la fit remuer dans un gémissement.

Et puis il s'enhardit à caresser ses cuisses
Du creux de ses genoux jusques au pli de l'aine,
Il poussa plus avant sa main profanatrice
Tandis que peu à peu se hâtait son haleine.

Il a risqué alors d'audacieuses caresses
A travers le tissu léger qui la couvrait,
Il s'est glissé dessous pour lutiner ses fesses
Et la belle soudain a semblé apeurée...

Comme elle s'éveillait de ce rêve charmant,
Sa main s'est approchée de sa porte de jade*
Et elle l'a poussée très délicatement
Pour porter au plaisir la dernière estocade.

C'est alors qu'emportée par le feu d'artifice,
Succombant à celui de son ardente fièvre,
Son plaisir inonda le jardin des délices,
Un sourire apaisé se posa sur ses lèvres...

*La Porte de Jade, dans les textes érotiques chinois et japonais, désigne tout simplement le sexe féminin.

(Peyrolles-en-Provence, le 14 avril 2006)
"Le Pot-au-Feu du Bouc", recueil inédit


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