Lundi 2 novembre 2009
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Cette époque de l'année, avec la fête d'Halloween, dérivée elle-même de celle de "Samain" de la tradition celte qui célébrait
l'entrée dans la "Saison Sombre", avec la Toussaint et la fête des Défunts des chrétiens, est bien une période propice au réveil de toutes nos peurs et fantasmes, inconscients ou non,
irrationnels ou pas.
Aussi hier en fin d'après-midi, alors que je rentrais d'une petite randonnée du côté de Buoux, une étrange rencontre et la conversation insolite qui s'est
ensuivie sur le bord du sentier m'ont inspiré, dérogeant pour une fois à la production poétique, cette brève "nouvelle" :
DERNIERE RENCONTRE
Il commençait à se faire tard.
Le soleil, pâle en ce milieu d'automne, déclinait rapidement au-dessus des plaines de la Durance
tandis que le promeneur commençait la descente du Ravin de l'Enfer.
Un nom bien sinistre pour un si bel endroit ! Cependant, sur le sentier, quelque chose ajoutait une touche inquiétante : de larges taches de sang maculaient
les pierres à intervalles réguliers ; sans doute un chien ou un sanglier blessé : il avait croisé un groupe de chasseurs qui rentraient de battue peu avant, sur le plateau de l'Ourillon.
Satan, le chien du marcheur solitaire, reniflait les traces en grondant doucement ; il avait sans doute flairé la mort...
C'est alors qu'une voix résonna soudain dans l'air calme de cette fin d'après-midi.
" Vous avez-là un très beau chien ! "
Le promeneur sursauta légèrement et aperçut, une dizaine de mètres plus bas sur le sentier, une jeune et frêle silhouette féminine.
"C'est quelle race ? demanda l'apparition en caressant la tête de Satan qui s'était approché et la flairait consciencieusement.
- Elle n'est reconnue par aucun standart, répondit l'homme après un instant de surprise. C'est à vrai dire un fameux bâtard !
- Il n'en est pas moins magnifique. Comment s'appelle-t-il ?
- Satan.
- Diable ! - c'est le cas de le dire - Il doit se sentir chez lui dans ce vallon, s'exclama l'inconnue. Mais pourquoi un tel nom ?
- Peut-être une façon d'exorciser le Mal, répondit le marcheur en souriant.
- Et vous-même, quel est votre nom ? reprit la jeune femme avec un drôle de regard, à la fois doux et ironique.
- Euh... Jordan, bafouilla le solitaire, surpris. Jordan Tresau. C'est un nom gascon ; ça veut dire "Troisème", crut-il bon de préciser. Le prénom aussi est gascon, pas américain comme on
pourrait le croire !
- Très joli, en tout cas... et original. Mais, dites-moi, poursuivit la femme, pourriez-vous me rendre un petit service ?
- Si c'est dans mes possibilités, avec plaisir !
- Rien de compliqué, dit-elle, comme à l'évidence vous redescendez à Buoux, pourriez-vous vous rendre au gîte d'étape pour prévenir mes amis que je risque d'arriver un peu tard, peut-être à la
nuit, afin qu'ils ne s'inquiètent pas. J'ai oublié mon téléphone mobile et, de toutes façons, je ne suis pas certaine qu'il y ait du réseau dans ce coin !
- Voilà une mission qui ne me semble pas impossible, mais vous à présent, quel est votre nom ? Il vaut mieux que je le connaisse pour aborder vos amis...
- Loreta Janulite, répondit la jeune femme très sérieusement. C'est lituanien.
- Très exotique ! apprécia Jordan avec un franc sourire. Mais, tout service rendu exige des... remerciements", poursuivit-il en murmurant le dernier mot. Il venait tout à coup de réaliser
combien la jeune femme était belle.
Alors, à sa grande surprise, il la vit s'avancer vers lui, le chien sur ses talons, avec son étrange sourire. Les bras de Loreta se refermèrent autour de
son cou et, leurs visages mêlés dans ses épais cheveux blonds, ils échangèrent un long baiser.
Fiévreusement, la main de Jordan se glissa sous la chemise de la jeune femme tandis que celle-ci défaisait la ceinture de son pantalon, le baissait doucement et
caressait son sexe.
Jordan l'entraîna dans un bosquet à l'écart du sentier, tandis que Satan, couché à quelque distance, considérait la scène avec une curiosité patiente.
Maintenant, nus tous les deux, alors que le crépuscule tombait sur les collines, leurs corps s'enlaçaient sur le souple tapis de mousse où se poursuivaient leurs ébats.
Mais soudain, au moment où le plaisir allait atteindre son paroxysme, Jordan s'immobilisa et ses yeux s'écarquillèrent devant une indicible horreur...
Contre son visage, des yeux vitreux le fixaient froidement, ses lèvres frôlaient une bouche sanglante entrouverte sur un mauvais rictus, et une chose
innommable, puante, se liquéfiait littéralement entre ses doigts, jusqu'à ce qu'il n'étreignît plus qu'une effroyable et immonde putréfaction.
Poussant un cri de terreur, il se releva et bondit en arrière. Dans son dos, il entendit alors un grondement sourd et il se retourna.
La dernière vision que Jordan eut de ce monde fut le regard vide de Satan au-dessus de son visage, et sa gueule béante dont les crocs se refermèrent sur sa
gorge.
Cette nuit-là, on eût pu voir Satan danser longtemps sous la lune, dans une clairière du Luberon, autour de deux corps atrocement mutilés, jonglant avec une
forme sanguinolente qui avait dû être une tête...
(Buoux, le 1er novembre 2009)
Inédit
Et, conclusion de tout cela...
Dans l'orgueil, le désir, le regard d'une femme,
Il nous traque et poursuit de ses oeuvres infâmes
Au bout de nos terreurs nos errements mortels.
Blotti sous le rempart même de nos autels,
Le Démon est partout, visible ou invisible,
Et joue avec notre âme une partie terrible...
(Peyrolles-en-Provence, le 2 novembre 2009
Inédit
